Catastérisme, histoire mythique des constellations
J.L Dumoulin-2007
A Ansouis, en Luberon, le ciel est encore pur et sa voûte nocturne y est souvent sidérante, ceci donne le goût de découvrir les constellations et leurs noms.
Pas loin de 6000 étoiles sont visibles à l’œil nu, approximativement 3000 à partir de chacun des hémisphères.
Il paraît tout à fait impossible de se repérer dans une telle quantité d’astres. D’autant plus que la rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil modifie l’emplacement apparent des étoiles (à l’exception de l’étoile Polaire). La position des étoiles les unes par rapport aux autres, par contre, ne change pas.
Ceci a conduit à l’invention capitale des Constellations.
Mais qu’est-ce qu’une constellation ?
C’est la réunion d’un certain nombre d’étoiles brillantes formant une figure reconnaissable dans le ciel nocturne.
En 1930 l’Union Astronomique Internationale a publié « La Délimitation Scientifique des Constellations ». Si pour le spécialiste cet ouvrage apporte des précisions essentielles, l’amateur se réjouira d’y retrouver des noms familiers, du moins en ce qui concerne l’hémisphère nord. Citons en quelques uns : constellation de la Grande Ourse, de la Petite Ourse,… constellation d’Andromède, d’Orion, de la Lyre, du Cygne, de l’Aigle, des Gémeaux, de la Vierge… .
Dans le ciel ces Constellations comme les étoiles ont des positions invariables les unes par rapport aux autres. A partir d’un lieu déterminé d’observation, certaines ne sont jamais visibles. D’autres sont observables quelque soit la période de l’année et l’heure de la nuit.
D’autres enfin ont un lever et un coucher avec des horaires variables suivant la saison.
Sur les 88 Constellations répertoriées, 45 peuvent être observées depuis la France.
En ce qui concerne l’hémisphère nord la presque-totalité des constellations a été inventée et baptisée par les Grecs de l’Antiquité.
La plupart de ces Constellations est associée à un mythe. Ce mythe comporte généralement une catastérisation c'est-à-dire le fait qu’un Dieu « place au ciel un être vivant, un objet, voire un fleuve ou un pays sous la forme d’un groupement d’étoiles ». Ce groupement d’étoiles est une constellation ou catastérisme..
Mais qu’entend-t-on par mythe ? Et que représente une catastérisation dans la mythologie Grecque ?
La notion de mythe
Avant d’aborder la mythologie grecque et pour disposer d’outils d’interprétation pouvant en rendre le sens, il est utile de se pencher sur la notion même de mythe.
La mythologie Grecque n’est qu’une des mythologies connues. Il existe aussi une mythologie Egyptienne, Babylonienne, Inuite, Yakoute, Huron ,Navajo,Aztèque, Maya, Celte, Viking et encore beaucoup d’autres…Toutes ces mythologies présentent des points communs qui peuvent aider à cerner en quoi consiste un mythe.
Le mythe est une histoire tenue pour vraie qui s’est passée au tout début des temps. En la racontant on rejoint magiquement le temps de la création.
La perfection se trouve aux origines, d’où l’importance donnée à la remémoration des événements mythiques. Pour les Dieux le vrai péché des hommes, c’est l’oubli des premiers temps. Celui qui sait, c’est celui qui se rappelle les Commencements. Les mythes sont faits pour être retenus et redits.
Le mythe atteste que quelque chose existe bel et bien, une chose, un animal, un événement, les saisons… un astre, une constellation, le monde… dont les manifestations sont consistantes et durables. En ce sens le mythe fonde et en même temps explique. Le monde n’est pas illusoire et ses manifestations ne sont pas transitoires. Les mythes parlent du pourquoi en disant le comment .Ce faisant ils pérennisent le monde aux yeux d’hommes éprouvant avec acuité la précarité de leur existence et lui donne un sens.
Dans le mythe il y a donc dévoilement du mystère de ce qui est.
Les mythes expliquent comment l’homme par sa faute a perdu ses conditions de vie primitives paradisiaques et son immortalité. Ce sentiment d’une faute impardonnable ou, tout du moins d’une grave légèreté de l’homme à l’égard de son immortalité imprime à toute sa vie son côté dramatique. Il trouble sa conscience en nourrissant ses angoisses. Pour retrouver la condition paradisiaque primitive, l’homme devra surmonter les épreuves dressées sur sa route. Chacune le purifiera.
Pour les anciens peuples, le ciel est longtemps resté une réalité accessible à l’homme. Ce qui s’y passe, ce qui s’y crée, ce qui y meurt fait partie de l’histoire des dieux et de la sienne propre.
Au temps paradisiaque, les dieux descendent sur la terre et se mêlent aux humains, de leur côté les hommes peuvent monter au Ciel en escaladant une montagne, un arbre…une liane…une échelle ou portés par des oiseaux ; les hommes sont immortels, libres, spontanés, amis des animaux…
L’apparition et/ ou la chute de l’homme s’accompagne d’une rupture cosmologique qui explique pourquoi le ciel s’est éloigné de la terre. Ceci implique que le mythe indique comment il se fait que le ciel ne tombe pas sur la tête des hommes.
Dans les mythes le sacrifice reste l’acte essentiel par lequel se forgent et s’échangent les forces de l’univers, il est un acte créateur sans lequel rien ne pourrait exister.
Le mythe montre des comportements exemplaires fondés par les Dieux ou les Héros civilisateurs qui sont des modèles pour les humains. Le mythe existe pour que ces modèles ne soient pas oubliés.
L’homme « ancien» n’a pas vraiment le sens du divin, ignorant des lois de la nature, il attribue tous les phénomènes, aussi bien normaux qu’exceptionnels, à des forces surnaturelles
des Esprits…qu’il convient de se concilier.
Les mythes sont souvent des « retranscriptions » qui recèlent la mémoire lointaine d’un ancien rituel, d’un esprit primitif de la nature, d’un animal totem, plus tardivement d’un fait historique important, d’une guerre, d’une légende magnifiant l’origine d’une ville ou d’une famille…
Dans le cas de la mythologie Grecque, les poètes, Homère, Epiménide…, les dramaturges, Eschyle, Sophocle… et les astronomes se sont nourris de ces « retranscriptions » et ont créé un ensemble de mythes élaborés.
La mythologie Grecque abonde en métamorphoses. A travers les métamorphoses il y a révélation de ressemblances qui établissent une parenté entre tous les éléments de l’univers et de la possibilité de les transformer, ou qu’ils se transforment, les uns dans les autres.
Ceci s’applique aussi au moi de l’individu et à son identité qui sont multiples et donc incertains d’où l’abondance de noms pour le même personnage mythique.
La mythologie Grecque...(sera publié dans le prochain message)
mardi 23 septembre 2008
jeudi 18 septembre 2008
Galilée, le géocentrisme, l'héliocentrisme, l'Eglise et la Bible
J'ai recu le message suivant de Joël Col :
Condamnation de Galilée.
La grande question qui se posait à l’époque de Galilée était : “Quel astre tourne autour de l’autre ? Le soleil autour de la terre ou la terre autour du soleil” ?
En affirmant la rotation de la terre autour du soleil, Galilée se trouvait en contradiction avec les scientifiques, les philosophes, l’Église et la Bible qui, tous, soutenaient la thèse contraire.
Or, dans mon étude “Entre Galilée et l’Eglise : la Bible”, je démontre que Galilée était en accord avec les Textes originaux hébreux et grecs, mais en désaccord avec leurs traductions. En d’autres termes, si les versions de la Bible avaient été fidèles aux Textes originaux, Galilée n’aurait pas été condamné pour avoir “tenu et cru une doctrine fausse et contraire aux saintes Écritures”.
Par cette étude, j’œuvre pour obtenir la réhabilitation officielle de Galilée et la mise en conformité des traductions de la Bible avec leurs Textes originaux qui, en aucun cas, ne peuvent être tenus responsables de la condamnation du savant.
Pour plus d’informations consulter :
http://monsite.orange.fr/erreur.verite
http://monsite.orange.fr/autoedition.meguila
Voici quelle a été ma réponse
Cher Monsieur Col,
Merci de votre message, je vais lire votre ouvrage avec grand intérêt, hélas, bien que résidant habituellement dans le Luberon je ne pourrai pas assister à votre conférence à Marseille ou Aix. Peut-être la ferez-vous à Paris où je resterai les 5 prochains mois, Sorbonne oblige.
Votre démarche m'inspire quelques réflexions que je vous livre telles quelles :
Qu'est-ce qui pouvait conduire l'Eglise Catholique du 17ième siècle à défendre le géocentrisme plutôt que l'héliocentrisme ?
Peut-être faut-il rappeler que Copernic aussi bien que Galilée ont été encouragés dans leurs recherches par certains princes de l'Eglise. L'ouvrage de Copernic a pu être publié parce que contraint ou forcé celui-ci a présenté l'héliocentrisme comme une hypothèse. Lui-même Copernic craignait que cette "nouvelle théorie" sème la discorde. C'est que nous sommes en pleine contestation de l'Eglise par la Réforme. Au delà de la science, les papes pensent à consolider l'édifice et non à ouvrir une nouvelle brèche ou ce qui pourrait apparaître comme telle. Souvenons-nous que la Réforme prône un retour stricte aux textes bibliques (même mal traduits !)
Après tout, les fidèles sont naturellement, spontanément géocentristes, c'est l'expérience, la perception commune, le soleil tourne autour de la terre, la terre est immobile. N'allons pas ouvrir un nouveau front de perturbation qui pourrait servir la Réforme.
N'oublions pas non plus que Galilée n'avait ni la retenue ni la discrétion de Copernic ou, plus tard, de Newton. Il voulait promouvoir l'héliocentrisme haut et fort et pensait que c'était l'intérêt de l'Eglise.
Par delà la situation tactique de l'Eglise devant la Réforme, il y a le fait que l'Eglise a sans doute hésité à faire descendre l'Homme du piedestal que constituait le géocentrisme :
la terre au centre de l'univers et l'Homme dessus, étage ultime, couronnement de la Création. Rien de tel pour ancrer la vision d'un Dieu personnel et d'un Homme créé à l'image de Dieu, rien de tel pour donner confiance et vigueur à un Homme encore confronté aux rigueurs et aléas d'une nature qu'il était encore assez loin de maîtriser.
Peut-être faut-il aussi y voir une tentative pour sauvegarder l'image d'une symétrie entre le tryptique hiérarchique Dieu- la terre- l'univers et le tryptique tout aussi hiérarchique Dieu-l'église-les fidèles.
Par une sorte d'ironie du sort, du moins à l'égard des ultra positivistes, l'héliocentrisme puis le "galactisme" assorti de son "big bang" ont fini par faire ressurgir l'idée de création et surtout le possible principe anthropique lequel remet l'Homme au centre du jeu, en tant que finalité de la création !
Je ne peux, cher Joël Col, qu'acquiescer à votre démarche de vérité et essayer de la faire partager.
Cordialement
Jean-Louis Dumoulin
Ansouis le 18/09/08
Condamnation de Galilée.
La grande question qui se posait à l’époque de Galilée était : “Quel astre tourne autour de l’autre ? Le soleil autour de la terre ou la terre autour du soleil” ?
En affirmant la rotation de la terre autour du soleil, Galilée se trouvait en contradiction avec les scientifiques, les philosophes, l’Église et la Bible qui, tous, soutenaient la thèse contraire.
Or, dans mon étude “Entre Galilée et l’Eglise : la Bible”, je démontre que Galilée était en accord avec les Textes originaux hébreux et grecs, mais en désaccord avec leurs traductions. En d’autres termes, si les versions de la Bible avaient été fidèles aux Textes originaux, Galilée n’aurait pas été condamné pour avoir “tenu et cru une doctrine fausse et contraire aux saintes Écritures”.
Par cette étude, j’œuvre pour obtenir la réhabilitation officielle de Galilée et la mise en conformité des traductions de la Bible avec leurs Textes originaux qui, en aucun cas, ne peuvent être tenus responsables de la condamnation du savant.
Pour plus d’informations consulter :
http://monsite.orange.fr/erreur.verite
http://monsite.orange.fr/autoedition.meguila
Voici quelle a été ma réponse
Cher Monsieur Col,
Merci de votre message, je vais lire votre ouvrage avec grand intérêt, hélas, bien que résidant habituellement dans le Luberon je ne pourrai pas assister à votre conférence à Marseille ou Aix. Peut-être la ferez-vous à Paris où je resterai les 5 prochains mois, Sorbonne oblige.
Votre démarche m'inspire quelques réflexions que je vous livre telles quelles :
Qu'est-ce qui pouvait conduire l'Eglise Catholique du 17ième siècle à défendre le géocentrisme plutôt que l'héliocentrisme ?
Peut-être faut-il rappeler que Copernic aussi bien que Galilée ont été encouragés dans leurs recherches par certains princes de l'Eglise. L'ouvrage de Copernic a pu être publié parce que contraint ou forcé celui-ci a présenté l'héliocentrisme comme une hypothèse. Lui-même Copernic craignait que cette "nouvelle théorie" sème la discorde. C'est que nous sommes en pleine contestation de l'Eglise par la Réforme. Au delà de la science, les papes pensent à consolider l'édifice et non à ouvrir une nouvelle brèche ou ce qui pourrait apparaître comme telle. Souvenons-nous que la Réforme prône un retour stricte aux textes bibliques (même mal traduits !)
Après tout, les fidèles sont naturellement, spontanément géocentristes, c'est l'expérience, la perception commune, le soleil tourne autour de la terre, la terre est immobile. N'allons pas ouvrir un nouveau front de perturbation qui pourrait servir la Réforme.
N'oublions pas non plus que Galilée n'avait ni la retenue ni la discrétion de Copernic ou, plus tard, de Newton. Il voulait promouvoir l'héliocentrisme haut et fort et pensait que c'était l'intérêt de l'Eglise.
Par delà la situation tactique de l'Eglise devant la Réforme, il y a le fait que l'Eglise a sans doute hésité à faire descendre l'Homme du piedestal que constituait le géocentrisme :
la terre au centre de l'univers et l'Homme dessus, étage ultime, couronnement de la Création. Rien de tel pour ancrer la vision d'un Dieu personnel et d'un Homme créé à l'image de Dieu, rien de tel pour donner confiance et vigueur à un Homme encore confronté aux rigueurs et aléas d'une nature qu'il était encore assez loin de maîtriser.
Peut-être faut-il aussi y voir une tentative pour sauvegarder l'image d'une symétrie entre le tryptique hiérarchique Dieu- la terre- l'univers et le tryptique tout aussi hiérarchique Dieu-l'église-les fidèles.
Par une sorte d'ironie du sort, du moins à l'égard des ultra positivistes, l'héliocentrisme puis le "galactisme" assorti de son "big bang" ont fini par faire ressurgir l'idée de création et surtout le possible principe anthropique lequel remet l'Homme au centre du jeu, en tant que finalité de la création !
Je ne peux, cher Joël Col, qu'acquiescer à votre démarche de vérité et essayer de la faire partager.
Cordialement
Jean-Louis Dumoulin
Ansouis le 18/09/08
mercredi 17 septembre 2008
Au sujet de la connaissance scientifique
Réflexions sur la théorie des postulats de Robert Heickes par J.L. Dumoulin
Nous avons eu avec Robert Heikes un échange approfondi dont une partie a été publié sur ce blog le 31 août dernier.
Les présentes réflexions s’appliquent à cet entretien.
Robert nous dit que le postulat d'Euclide, celui sur les parallèles à une droite par un point serait en quelque sorte le premier postulat… pourquoi pas ?
Mais est-ce que c'était un « postulat » pour Euclide lui-même, au sens moderne du terme, au sens que lui donne Robert ?
N'est-il pas devenu un postulat qu'après coup, particulièrement lorsque l'idée de la géométrie non Euclidienne est apparue ?
Qu'est-ce que c'était « avant », pour son inventeur et pour ceux, nombreux, qui ont appris cet axiome ?
En fait le « postulat » d'Euclide » est retenu par Robert comme fondant une géométrie de l'espace physique sensible, il décrit « la physique », l'espace dans la nature terrestre.
Y avait il un « postulat » préexistant à celui d'Euclide puisque Robert nous dit que les postulats sont très souvent la généralisation de postulats antérieurs ?
Et s’il y avait « nécessairement » un ou des postulats préalables à celui d'Euclide, quels seraient-ils ?
Est-ce que ça serait :
L'espace est une réalité générale qui partout a les mêmes propriétés, à Alexandrie, à Athènes mais aussi en Macédoine et même chez les barbares ?
Ou encore
Les parties d'espace peuvent être définies par des lignes, ces lignes forment des figures, ces lignes entre elles et ces figures ont certaines propriétés que l'on peut saisir en esprit par le raisonnement ?
Ou encore
Il y a moyen de présenter et énoncer les propriétés des figures d'une façon sensible et compréhensible ?
Et en remontant encore plus loin, pourrait-on trouver des postulats « ancêtres » de ces 3 dernières propositions de « postulats pré-Euclidiens » fictives ?
Quels seraient-ils?
Je ne vois que des mythes cosmogoniques et de création qui puissent jouer ce rôle du fait même qu'ils attestent bien qu'une réalité extérieure existe et qu'elle a une consistance pérenne. Le monde n’est pas un rêve. Le monde a été créé au titre d’événements dont la tournure a un sens. L’homme a son propre mode d’être au monde qui marque son appartenance à celui-ci mais l’en distingue également.
Ainsi cette généalogie de postulats qui raconte la science pourrait remonter aux mythes des temps reculés de l’humanité…
Robert paraît suggérer que les postulats arrivent naturellement …. L’idée pourrait alors venir que la science soit donc une sorte de machine :
On produit des postulats en très grande quantité, on regarde quelles implications ils peuvent avoir, on vérifie la réalité de ces implications et on qualifie les postulats dont les « prévisions » se » révèlent exactes. Cette version de la génération de la science prête instantanément à rire. Rien de tel ne correspond à la réalité ou au vécu du cheminement de la science. D’une part comme cela a été noté à maintes reprises par différents auteurs la découverte scientifique ne peut être détachée de son cheminement historique:
« Le deuxième principe qui devrait guider une épistémologie défendable (…..), c’est qu’elle n’est jamais séparable de l’Histoire des sciences » (Hervé Barreau- L’Epistémologie- PUF)
ou comme le souligne Gaston Bachelard :
« … un objet scientifique n’est instructeur qu’à l’égard d’une construction préliminaire à rectifier, d’une construction à consolider….
Le rationalisme est une philosophie qui continue ; il n’est jamais vraiment une philosophie qui commence. »
D’autre part les postulats contiennent une variété d’éléments nouveaux divers originaux, rien qui puisse suggérer la moindre standardisation, la moindre répétition. Cela peut être une notion ou une relation ou même l’existence d’une substance (par exemple la « matière noire »)…Le postulat n’est donc pas une simple hypothèse « directe » et n’a rien à voir avec le fait d’ « avoir une idée ». Par exemple pour énoncer son postulat de la force gravitationnelle, Newton a inventé le calcul différentiel.
Certains postulats supposent une vision de quelque chose, cette vision même si elle survient par le plus grand des hasards n’est pas le fruit du hasard, Poincaré écrivant des équations sur la capote d’un fiacre est une anecdote amusante mais il s’agissait de Poincaré et non pas du cocher du fiacre. C’est peut-être une possible illustration de ce que Bachelard écrivait au sujet des idées scientifiques :
« Tant qu’on a pas réalisé le double ancrage dans le monde du sujet et dans le monde de l’objet, la pensée n’a pas trouvé les racines de l’efficacité ».
Oui pensée, intellection, esprit….le tout dans le postulat de quelque chose par quelqu’un à un moment donné.
Robert insiste sur le fait que la valeur du postulat, c’est sa vérification au niveau de la réalité des phénomènes qui en seraient la conséquence. Pratiquement le postulat ne vaut que par sa vérification et d’ailleurs Robert généralise, toute idée, concept, notion…croyance ne valent que par la preuve de leur manifestation.
L’histoire montre que concevoir l’expérience de vérification n’est souvent pas une mince affaire et s’est parfois avéré être une affaire de génie avec mille péripéties. Mais Robert ne nous en parle pas, ceci rehausserait pourtant sa thèse qui est celle du primat de la vérification. Non il préfère nous rappeler la lignée des postulats, de leurs auteurs et de leurs dates. Nous le comprenons car une fois vérifié ce qui compte c’est le contenu du postulat, c’est par lui que nous apprenons quelque chose. Le postulat contient les intuitions, les visions et pour tout dire les intellections de son inventeur et nous ouvre l’esprit sur des matières, des notions, des relations inédites à leur époque.
Certes dans la physique moderne le contenu paraît si loin de toute interprétation sensible que seuls demeurent, pour le moment, des postulats désincarnés que seule la vérification pourra attester, c’est sans doute ce qui faisait dire à Gaston Bachelard :
« Le monde est alors moins notre représentation que notre vérification ».
Se satisfaire de cette connaissance indirecte serait aller vers l’assèchement de l’imagination et même de l’imaginaire, car finalement ce qui marche ou qui réussit serait reconnu comme seul réel or l’homme a besoin pour comprendre d’un réel dans son tout. Hervé Barreau l’a compris depuis longtemps :
« Mais l’idée d’un univers qui n’aurait aucun lien avec les moyens que nous possédons de l’identifier n’est qu’une pseudo- idée, un mythe plus inconsistant encore que les mythes d’autrefois. »
Un grand mathématicien, Von Neuman, je crois, a déclaré que l’on ne comprenait pas les innovations en mathématiques, on s’y habituait. De la même façon que l’on s’habitue à quelqu’un….Par ailleurs peut-être faut-il s’habituer à quelqu’un pour le comprendre.
Nous avons aimé la physique classique si habituelle et que nous comprenons si bien. Nous aimerons cette physique moderne à condition de puiser sans réserve dans les mythes qui sont constitutifs de notre existence cosmique. Nous avons bon espoir sur ce sujet car nous sommes persuadés que « certains aspects et fonctions de la pensée mythique sont constitutifs de l’être humain ».J.L. Dumoulin
Nous avons eu avec Robert Heikes un échange approfondi dont une partie a été publié sur ce blog le 31 août dernier.
Les présentes réflexions s’appliquent à cet entretien.
Robert nous dit que le postulat d'Euclide, celui sur les parallèles à une droite par un point serait en quelque sorte le premier postulat… pourquoi pas ?
Mais est-ce que c'était un « postulat » pour Euclide lui-même, au sens moderne du terme, au sens que lui donne Robert ?
N'est-il pas devenu un postulat qu'après coup, particulièrement lorsque l'idée de la géométrie non Euclidienne est apparue ?
Qu'est-ce que c'était « avant », pour son inventeur et pour ceux, nombreux, qui ont appris cet axiome ?
En fait le « postulat » d'Euclide » est retenu par Robert comme fondant une géométrie de l'espace physique sensible, il décrit « la physique », l'espace dans la nature terrestre.
Y avait il un « postulat » préexistant à celui d'Euclide puisque Robert nous dit que les postulats sont très souvent la généralisation de postulats antérieurs ?
Et s’il y avait « nécessairement » un ou des postulats préalables à celui d'Euclide, quels seraient-ils ?
Est-ce que ça serait :
L'espace est une réalité générale qui partout a les mêmes propriétés, à Alexandrie, à Athènes mais aussi en Macédoine et même chez les barbares ?
Ou encore
Les parties d'espace peuvent être définies par des lignes, ces lignes forment des figures, ces lignes entre elles et ces figures ont certaines propriétés que l'on peut saisir en esprit par le raisonnement ?
Ou encore
Il y a moyen de présenter et énoncer les propriétés des figures d'une façon sensible et compréhensible ?
Et en remontant encore plus loin, pourrait-on trouver des postulats « ancêtres » de ces 3 dernières propositions de « postulats pré-Euclidiens » fictives ?
Quels seraient-ils?
Je ne vois que des mythes cosmogoniques et de création qui puissent jouer ce rôle du fait même qu'ils attestent bien qu'une réalité extérieure existe et qu'elle a une consistance pérenne. Le monde n’est pas un rêve. Le monde a été créé au titre d’événements dont la tournure a un sens. L’homme a son propre mode d’être au monde qui marque son appartenance à celui-ci mais l’en distingue également.
Ainsi cette généalogie de postulats qui raconte la science pourrait remonter aux mythes des temps reculés de l’humanité…
Robert paraît suggérer que les postulats arrivent naturellement …. L’idée pourrait alors venir que la science soit donc une sorte de machine :
On produit des postulats en très grande quantité, on regarde quelles implications ils peuvent avoir, on vérifie la réalité de ces implications et on qualifie les postulats dont les « prévisions » se » révèlent exactes. Cette version de la génération de la science prête instantanément à rire. Rien de tel ne correspond à la réalité ou au vécu du cheminement de la science. D’une part comme cela a été noté à maintes reprises par différents auteurs la découverte scientifique ne peut être détachée de son cheminement historique:
« Le deuxième principe qui devrait guider une épistémologie défendable (…..), c’est qu’elle n’est jamais séparable de l’Histoire des sciences » (Hervé Barreau- L’Epistémologie- PUF)
ou comme le souligne Gaston Bachelard :
« … un objet scientifique n’est instructeur qu’à l’égard d’une construction préliminaire à rectifier, d’une construction à consolider….
Le rationalisme est une philosophie qui continue ; il n’est jamais vraiment une philosophie qui commence. »
D’autre part les postulats contiennent une variété d’éléments nouveaux divers originaux, rien qui puisse suggérer la moindre standardisation, la moindre répétition. Cela peut être une notion ou une relation ou même l’existence d’une substance (par exemple la « matière noire »)…Le postulat n’est donc pas une simple hypothèse « directe » et n’a rien à voir avec le fait d’ « avoir une idée ». Par exemple pour énoncer son postulat de la force gravitationnelle, Newton a inventé le calcul différentiel.
Certains postulats supposent une vision de quelque chose, cette vision même si elle survient par le plus grand des hasards n’est pas le fruit du hasard, Poincaré écrivant des équations sur la capote d’un fiacre est une anecdote amusante mais il s’agissait de Poincaré et non pas du cocher du fiacre. C’est peut-être une possible illustration de ce que Bachelard écrivait au sujet des idées scientifiques :
« Tant qu’on a pas réalisé le double ancrage dans le monde du sujet et dans le monde de l’objet, la pensée n’a pas trouvé les racines de l’efficacité ».
Oui pensée, intellection, esprit….le tout dans le postulat de quelque chose par quelqu’un à un moment donné.
Robert insiste sur le fait que la valeur du postulat, c’est sa vérification au niveau de la réalité des phénomènes qui en seraient la conséquence. Pratiquement le postulat ne vaut que par sa vérification et d’ailleurs Robert généralise, toute idée, concept, notion…croyance ne valent que par la preuve de leur manifestation.
L’histoire montre que concevoir l’expérience de vérification n’est souvent pas une mince affaire et s’est parfois avéré être une affaire de génie avec mille péripéties. Mais Robert ne nous en parle pas, ceci rehausserait pourtant sa thèse qui est celle du primat de la vérification. Non il préfère nous rappeler la lignée des postulats, de leurs auteurs et de leurs dates. Nous le comprenons car une fois vérifié ce qui compte c’est le contenu du postulat, c’est par lui que nous apprenons quelque chose. Le postulat contient les intuitions, les visions et pour tout dire les intellections de son inventeur et nous ouvre l’esprit sur des matières, des notions, des relations inédites à leur époque.
Certes dans la physique moderne le contenu paraît si loin de toute interprétation sensible que seuls demeurent, pour le moment, des postulats désincarnés que seule la vérification pourra attester, c’est sans doute ce qui faisait dire à Gaston Bachelard :
« Le monde est alors moins notre représentation que notre vérification ».
Se satisfaire de cette connaissance indirecte serait aller vers l’assèchement de l’imagination et même de l’imaginaire, car finalement ce qui marche ou qui réussit serait reconnu comme seul réel or l’homme a besoin pour comprendre d’un réel dans son tout. Hervé Barreau l’a compris depuis longtemps :
« Mais l’idée d’un univers qui n’aurait aucun lien avec les moyens que nous possédons de l’identifier n’est qu’une pseudo- idée, un mythe plus inconsistant encore que les mythes d’autrefois. »
Un grand mathématicien, Von Neuman, je crois, a déclaré que l’on ne comprenait pas les innovations en mathématiques, on s’y habituait. De la même façon que l’on s’habitue à quelqu’un….Par ailleurs peut-être faut-il s’habituer à quelqu’un pour le comprendre.
Nous avons aimé la physique classique si habituelle et que nous comprenons si bien. Nous aimerons cette physique moderne à condition de puiser sans réserve dans les mythes qui sont constitutifs de notre existence cosmique. Nous avons bon espoir sur ce sujet car nous sommes persuadés que « certains aspects et fonctions de la pensée mythique sont constitutifs de l’être humain ».J.L. Dumoulin
dimanche 31 août 2008
La connaissance scientifique est fondée sur une succession de postulats (J.L. Dumoulin et Robert Heikes)
J.L. Dumoulin s’entretient avec Robert Heikes( 1ère partie)
(Robert Heikes est un savant de réputation internationale, élève d’Enrico Fermi, il est docteur en Physique d’une prestigieuse université Américaine et a été, entre autres, Directeur de recherche dans des Observatoires astronomiques de pointe, il vit actuellement dans le sud de la France et est le promoteur de postulats révolutionnaires tel que de celui la quantification de l'espace-temps)
JLD. Robert, avant d’en venir à tes postulats, j’aimerais que tu expliques à nos lecteurs, ce qu’est un postulat et comment les postulats font avancer la connaissance scientifique.
RH. Les postulats sont à la base de la connaissance scientifique. Ils sont une part essentielle de la méthode analytique. Trois postulats seulement et les symétries associées sont nécessaires pour expliquer tous les phénomènes après le temps de Planck (~10^-44 s après
t ≈ 0, là où la mécanique quantique et la relativité générale ne semblent plus s’appliquer.) Ce sont : la vitesse de la lumière(c), la constante de Planck (ħ), la constante gravitationnelle (G).
Les valeurs de ces trois constantes sont connues par des expériences et des mesures. Il n'y a actuellement aucune manière de parvenir à ces valeurs par des calculs théoriques.
JLD. Comment est-ce que nous arrivons à « savoir » ? En d’autres termes expliques-nous comment les savants peuvent arriver à faire avancer la connaissance scientifique ?
RH. En utilisant la méthode analytique. Je la définis de la manière suivante : suggestion de postulats, prévisions de résultats à partir de ces postulats et « vérification expérimentale » des résultats attendus.
Plus une série de postulats produira des prévisions vérifiables, plus ce ou ces postulats seront acceptables ainsi que la/les connaissances qui en découlent. Si un ensemble donné de postulats ne produit aucune prévision vérifiable, il est inutile au regard strict de l'enrichissement de la connaissance.
Si des résultats expérimentaux sont favorables à un postulat, chacun, en dehors de toute considération extrascientifique, considérera ce postulat comme plus acceptable que les postulats qui le précédaient
Un postulat ne peut pas être déduit d'autre chose. La science est entièrement basée sur des postulats qui par leur nature même sont impossibles à démontrer.
D’où nous viennent les postulats ? Nous les inventons, nous faisons des conjectures. Les postulats sont à l’origine des grands bonds de la science et de la connaissance. Il est nécessaire de trouver le plus petit ensemble de postulats qui nous permettent de comprendre un ensemble de phénomènes le plus vaste possible.
La connaissance a avancé de cette manière, elle n'est rien de plus qu'une prévision logique à partir de postulat(s). Plus clairement, une prévision découlant d’un postulat ne contient pas plus de "vérité" que ce postulat sur lequel la prévision ou théorie est elle-même basée.
Cependant, à ce stade, la méthode scientifique exige qu'on utilise ce même postulat pour prévoir des résultats plus généraux que ceux liés à l’étude de tel phénomène particulier ; car s'il ne peut en être ainsi, ce postulat est sans utilité pour la science, et il sera rejeté. Un postulat ne peut pas être avancé simplement pour expliquer un seul phénomène ! Autrement, nous aurions un nouveau postulat à chaque fait expérimental.
Si les prévisions initiales, fondées sur le postulat, sont confirmées, le postulat peut être maintenu, sinon, il sera abandonné. Mais même s’il est maintenu, la science continuera à le tester indéfiniment en faisant d'autres prévisions. Et si par hasard, une seule prévision du postulat n'est pas confirmée, le postulat sera considéré comme suspect et sera probablement abandonné.
J’insiste, la science ou la méthode analytique n'explique rien. Toute la science, en fait, toute la connaissance, est basée sur des postulats. Puisqu'un postulat n'a aucune preuve, toutes les "explications" doivent être considérées comme provisoires.
En science, il est impératif de douter. Rien n'est certain ou avéré en dehors du doute. Si nous regardons plus loin, nous constatons que les énonciations de la science ne portent pas sur ce qui est vrai ou sur ce qui n'est pas vrai, mais sur ce qui est connu avec différents degrés de certitude : il est beaucoup plus probable que ceci soit vrai et que cela soit faux. Chacun des concepts de la science est quelque part sur une échelle graduée entre le vrai et le faux. Il est très important de reconnaître l'ignorance.
JLD. Si je comprends bien, Robert, les nouveaux postulats sont souvent des généralisations d’anciens postulats.
RH. Une nouvelle théorie incorpore invariablement la théorie plus ancienne en tant que son approximation liée aux données expérimentales de son temps. La science a progressé d'une manière assez linéaire. La science est une reformulation continuelle du passé. Newton a généralisé les postulats de Galilée dont les résultats sont des approximations de ceux de Newton. Einstein a généralisé les postulats de Newton mais les résultats de Newton étaient une approximation de la théorie d'Einstein. Les résultats d'Einstein et d’Heisenberg, à leur tour, attendent leur généralisation.
JLD. Et maintenant peux-tu illustrer par quelques exemples ce que tu viens de nous dire ? Je suppose qu’il va s’agir de postulats qui fondent notre connaissance de l’univers et qui t’ont conduit à tes propres postulats ?
RH. Oui, tout a fait et surtout ce qu’il faut voir c’est que les postulats changent avec le temps. Je ne ferais pas une liste exhaustive, cela serait fastidieux pour tes lecteurs mais à la fin je te résumerai l’ensemble des postulats les plus récents. Commençons par le commencement :
Le postulat d’Euclide (environ 350 av J.-C.) : « on ne peut tracer une droite et qu’une seule passant par un point donné et parallèle à une autre droite. »
Sans ce postulat tu ne peux pas prouver que la somme des angles d’un triangle vaut 180 degrés. C’est la première tentative d’analyse de la géométrie de l’espace. Pendant 2000 ans la géométrie « Euclidienne » a été utilisée pour décrire la structure de l’univers.
Le postulat de Galilée et Newton (1600-1660 ap.J.-C.) : « Force = masse x accélération = m1a »
Ce postulat a été accepté pendant 240 ans. Rappelles-toi que c’est juste un postulat. C’est une invention de l’esprit de Newton.
Les postulats de Newton (environ 1670 ap. J.-C.) : « la force gravitationnelle est inversement proportionnelle au carré de la distance et proportionnelle aux masses. », « la masse gravitationnelle doit être égale à la masse inertielle ».
Le postulat de Riemann (environ 1865 ap. J.-C.) : « possibilité d'une géométrie non-euclidienne »
Il a eu l’idée d’ une géométrie où le postulat des parallèles d’Euclide ne serait pas valable. On peut avoir une géométrie où il n’y a pas de parallèle ou avec infiniment de parallèles. Ce sera la géométrie utilisée pour la Relativité Générale, 50 ans plus tard, en 1915. Ce sont les espaces courbes.
Le postulat de Planck (environ 1900 ap. J.-C.) : « L’énergie n’est pas continue ». La constante de Planck, ħ, est introduite.
A la fin du 19ème siècle, il y avait une difficulté dans la théorie du rayonnement de la lumière. La théorie disait que l’énergie dans l'ultraviolet devait être infinie. Cela ne pouvait pas être vrai.
L’énergie n’était pas continue contrairement à tout ce qui avait été admis jusqu’alors.
C’était le début de la Mécanique Quantique. Il a fallu un quart de siècle pour arriver à sa forme quasi définitive. C’est le travail d’Einstein, Bohr, Heisenberg, Schrödinger et Dirac.
Il est important de noter que la valeur de la constante de Planck doit être déterminée par l’expérience comme je l’ai déjà signalé en introduction. C'est donc aussi un postulat.
Le postulat d’Einstein (environ 1905 ap. J.-C.) : « la vitesse de la lumière est une constante universelle »
Albert Einstein a postulé que la vitesse de la lumière est une constante universelle et que toutes les lois de la physique sont valables dans n‘importe quel endroit de l’univers. Ce postulat a complètement modifié les postulats de Galilée, Newton et Maxwell. Il a résolu le débat entre Maxwell et Galilée. Il a montré que le temps et l’espace sont inextricablement liés. C’est la relativité restreinte.
Il est important de noter que la valeur de la vitesse de la lumière doit être déterminée expérimentalement… postulat.
Le Postulat d’Einstein (1915 ap. J.-C.) : « la masse inertielle est égale à la masse gravitationnelle. »
Albert Einstein a aussi proposé plus tard le principe d’équivalence (Relativité Générale) :
Si un homme est dans un vaisseau spatial, il ne peut pas faire la différence entre deux situations : (1) le vaisseau est en accélération et (2) le vaisseau est dans un champs gravitationnel.
C’est ce qui l’a conduit à la géométrie de Riemann et à la courbure de l'espace. Ce postulat remplace celui de Newton sur la gravité.
Il est important de noter que la valeur de la constante gravitationnelle doit être mesurée expérimentalement. C'est un postulat.
JLD. Tu nous montres bien que les postulats changent dans le temps à travers ces découvertes que nous connaissons déjà au moins par leur nom. Qu’en est-il des postulats plus récents qui t’ont conduit dans tes propres travaux?
RH. Il y a bien sûr les équations de Heisenberg, Schrödinger, Dirac qui développent la mécanique quantique.
Mais plus près de nous, il y a le postulat de Georges Gamov qui situe l’origine de l’univers au Big Bang.
Il y a aussi le postulat de l’inflation de Guth qui date des années 1980 : il apparaît que l’univers n’a pas pu commencer avec le Big Bang. Avant, il y a eu une énorme expansion de 10^50 fois. Elle se passe à 10^-34 s. après t ≈ 0. Nous sommes presque arrivés au « commencement » de l’univers.
(Suite de cet entretien dans un article ultérieur)
(Robert Heikes est un savant de réputation internationale, élève d’Enrico Fermi, il est docteur en Physique d’une prestigieuse université Américaine et a été, entre autres, Directeur de recherche dans des Observatoires astronomiques de pointe, il vit actuellement dans le sud de la France et est le promoteur de postulats révolutionnaires tel que de celui la quantification de l'espace-temps)
JLD. Robert, avant d’en venir à tes postulats, j’aimerais que tu expliques à nos lecteurs, ce qu’est un postulat et comment les postulats font avancer la connaissance scientifique.
RH. Les postulats sont à la base de la connaissance scientifique. Ils sont une part essentielle de la méthode analytique. Trois postulats seulement et les symétries associées sont nécessaires pour expliquer tous les phénomènes après le temps de Planck (~10^-44 s après
t ≈ 0, là où la mécanique quantique et la relativité générale ne semblent plus s’appliquer.) Ce sont : la vitesse de la lumière(c), la constante de Planck (ħ), la constante gravitationnelle (G).
Les valeurs de ces trois constantes sont connues par des expériences et des mesures. Il n'y a actuellement aucune manière de parvenir à ces valeurs par des calculs théoriques.
JLD. Comment est-ce que nous arrivons à « savoir » ? En d’autres termes expliques-nous comment les savants peuvent arriver à faire avancer la connaissance scientifique ?
RH. En utilisant la méthode analytique. Je la définis de la manière suivante : suggestion de postulats, prévisions de résultats à partir de ces postulats et « vérification expérimentale » des résultats attendus.
Plus une série de postulats produira des prévisions vérifiables, plus ce ou ces postulats seront acceptables ainsi que la/les connaissances qui en découlent. Si un ensemble donné de postulats ne produit aucune prévision vérifiable, il est inutile au regard strict de l'enrichissement de la connaissance.
Si des résultats expérimentaux sont favorables à un postulat, chacun, en dehors de toute considération extrascientifique, considérera ce postulat comme plus acceptable que les postulats qui le précédaient
Un postulat ne peut pas être déduit d'autre chose. La science est entièrement basée sur des postulats qui par leur nature même sont impossibles à démontrer.
D’où nous viennent les postulats ? Nous les inventons, nous faisons des conjectures. Les postulats sont à l’origine des grands bonds de la science et de la connaissance. Il est nécessaire de trouver le plus petit ensemble de postulats qui nous permettent de comprendre un ensemble de phénomènes le plus vaste possible.
La connaissance a avancé de cette manière, elle n'est rien de plus qu'une prévision logique à partir de postulat(s). Plus clairement, une prévision découlant d’un postulat ne contient pas plus de "vérité" que ce postulat sur lequel la prévision ou théorie est elle-même basée.
Cependant, à ce stade, la méthode scientifique exige qu'on utilise ce même postulat pour prévoir des résultats plus généraux que ceux liés à l’étude de tel phénomène particulier ; car s'il ne peut en être ainsi, ce postulat est sans utilité pour la science, et il sera rejeté. Un postulat ne peut pas être avancé simplement pour expliquer un seul phénomène ! Autrement, nous aurions un nouveau postulat à chaque fait expérimental.
Si les prévisions initiales, fondées sur le postulat, sont confirmées, le postulat peut être maintenu, sinon, il sera abandonné. Mais même s’il est maintenu, la science continuera à le tester indéfiniment en faisant d'autres prévisions. Et si par hasard, une seule prévision du postulat n'est pas confirmée, le postulat sera considéré comme suspect et sera probablement abandonné.
J’insiste, la science ou la méthode analytique n'explique rien. Toute la science, en fait, toute la connaissance, est basée sur des postulats. Puisqu'un postulat n'a aucune preuve, toutes les "explications" doivent être considérées comme provisoires.
En science, il est impératif de douter. Rien n'est certain ou avéré en dehors du doute. Si nous regardons plus loin, nous constatons que les énonciations de la science ne portent pas sur ce qui est vrai ou sur ce qui n'est pas vrai, mais sur ce qui est connu avec différents degrés de certitude : il est beaucoup plus probable que ceci soit vrai et que cela soit faux. Chacun des concepts de la science est quelque part sur une échelle graduée entre le vrai et le faux. Il est très important de reconnaître l'ignorance.
JLD. Si je comprends bien, Robert, les nouveaux postulats sont souvent des généralisations d’anciens postulats.
RH. Une nouvelle théorie incorpore invariablement la théorie plus ancienne en tant que son approximation liée aux données expérimentales de son temps. La science a progressé d'une manière assez linéaire. La science est une reformulation continuelle du passé. Newton a généralisé les postulats de Galilée dont les résultats sont des approximations de ceux de Newton. Einstein a généralisé les postulats de Newton mais les résultats de Newton étaient une approximation de la théorie d'Einstein. Les résultats d'Einstein et d’Heisenberg, à leur tour, attendent leur généralisation.
JLD. Et maintenant peux-tu illustrer par quelques exemples ce que tu viens de nous dire ? Je suppose qu’il va s’agir de postulats qui fondent notre connaissance de l’univers et qui t’ont conduit à tes propres postulats ?
RH. Oui, tout a fait et surtout ce qu’il faut voir c’est que les postulats changent avec le temps. Je ne ferais pas une liste exhaustive, cela serait fastidieux pour tes lecteurs mais à la fin je te résumerai l’ensemble des postulats les plus récents. Commençons par le commencement :
Le postulat d’Euclide (environ 350 av J.-C.) : « on ne peut tracer une droite et qu’une seule passant par un point donné et parallèle à une autre droite. »
Sans ce postulat tu ne peux pas prouver que la somme des angles d’un triangle vaut 180 degrés. C’est la première tentative d’analyse de la géométrie de l’espace. Pendant 2000 ans la géométrie « Euclidienne » a été utilisée pour décrire la structure de l’univers.
Le postulat de Galilée et Newton (1600-1660 ap.J.-C.) : « Force = masse x accélération = m1a »
Ce postulat a été accepté pendant 240 ans. Rappelles-toi que c’est juste un postulat. C’est une invention de l’esprit de Newton.
Les postulats de Newton (environ 1670 ap. J.-C.) : « la force gravitationnelle est inversement proportionnelle au carré de la distance et proportionnelle aux masses. », « la masse gravitationnelle doit être égale à la masse inertielle ».
Le postulat de Riemann (environ 1865 ap. J.-C.) : « possibilité d'une géométrie non-euclidienne »
Il a eu l’idée d’ une géométrie où le postulat des parallèles d’Euclide ne serait pas valable. On peut avoir une géométrie où il n’y a pas de parallèle ou avec infiniment de parallèles. Ce sera la géométrie utilisée pour la Relativité Générale, 50 ans plus tard, en 1915. Ce sont les espaces courbes.
Le postulat de Planck (environ 1900 ap. J.-C.) : « L’énergie n’est pas continue ». La constante de Planck, ħ, est introduite.
A la fin du 19ème siècle, il y avait une difficulté dans la théorie du rayonnement de la lumière. La théorie disait que l’énergie dans l'ultraviolet devait être infinie. Cela ne pouvait pas être vrai.
L’énergie n’était pas continue contrairement à tout ce qui avait été admis jusqu’alors.
C’était le début de la Mécanique Quantique. Il a fallu un quart de siècle pour arriver à sa forme quasi définitive. C’est le travail d’Einstein, Bohr, Heisenberg, Schrödinger et Dirac.
Il est important de noter que la valeur de la constante de Planck doit être déterminée par l’expérience comme je l’ai déjà signalé en introduction. C'est donc aussi un postulat.
Le postulat d’Einstein (environ 1905 ap. J.-C.) : « la vitesse de la lumière est une constante universelle »
Albert Einstein a postulé que la vitesse de la lumière est une constante universelle et que toutes les lois de la physique sont valables dans n‘importe quel endroit de l’univers. Ce postulat a complètement modifié les postulats de Galilée, Newton et Maxwell. Il a résolu le débat entre Maxwell et Galilée. Il a montré que le temps et l’espace sont inextricablement liés. C’est la relativité restreinte.
Il est important de noter que la valeur de la vitesse de la lumière doit être déterminée expérimentalement… postulat.
Le Postulat d’Einstein (1915 ap. J.-C.) : « la masse inertielle est égale à la masse gravitationnelle. »
Albert Einstein a aussi proposé plus tard le principe d’équivalence (Relativité Générale) :
Si un homme est dans un vaisseau spatial, il ne peut pas faire la différence entre deux situations : (1) le vaisseau est en accélération et (2) le vaisseau est dans un champs gravitationnel.
C’est ce qui l’a conduit à la géométrie de Riemann et à la courbure de l'espace. Ce postulat remplace celui de Newton sur la gravité.
Il est important de noter que la valeur de la constante gravitationnelle doit être mesurée expérimentalement. C'est un postulat.
JLD. Tu nous montres bien que les postulats changent dans le temps à travers ces découvertes que nous connaissons déjà au moins par leur nom. Qu’en est-il des postulats plus récents qui t’ont conduit dans tes propres travaux?
RH. Il y a bien sûr les équations de Heisenberg, Schrödinger, Dirac qui développent la mécanique quantique.
Mais plus près de nous, il y a le postulat de Georges Gamov qui situe l’origine de l’univers au Big Bang.
Il y a aussi le postulat de l’inflation de Guth qui date des années 1980 : il apparaît que l’univers n’a pas pu commencer avec le Big Bang. Avant, il y a eu une énorme expansion de 10^50 fois. Elle se passe à 10^-34 s. après t ≈ 0. Nous sommes presque arrivés au « commencement » de l’univers.
(Suite de cet entretien dans un article ultérieur)
jeudi 28 août 2008
L'efficacité "déraisonnable" des mathématiques sur la réalité physique (L'Epistémologie d'Hervé Barreau)
Extrait de "L'Epistémologie" d 'Hervé Barreau - PUF- Que sais-je ? page 48
(Hermite, mathématicien du XIXe, écrivait : )
« Il existe, si je ne me trompe pas, un monde formé d’un ensemble de vérités mathématiques auquel nous avons accès qu’au moyen de notre intelligence , comme dans le cas du monde de la réalité physique ; l’un et l’autre sont indépendant de nous, tous deux sont des produits de la création divine, mais sont une seule et même chose au regard d’une pensée plus puissante. La synthèse de ces deux mondes se révèle partiellement dans la merveilleuse correspondance entre les mathématique abstraites d’une part et toutes les branches de la physique de l’autre »
Cette doctrine de l’identité des deux mondes, (Page 50), celui dont nous esquissons les formes et celui dont nous recevons l’empreinte à travers la perception sensible, a été reprise aujourd’hui par un autre mathématicien, René Thom , qui voit une seule dynamique à l’origines de toutes les formes, qu’elle soient en nous ou hors de nous : « La dynamique intrinsèque de notre pensée n’est pas fondamentalement différente de la dynamique agissant sur le monde extérieur ». La question, en effet, est de faire disparaître l’étrangeté de la correspondance ,soulignée par Einstein, entre des idées abstraites et des processus concrets, alors qu’il est clair que les premiers ne dérivent pas des seconds .
Hermann Weyl, qui était intuitionniste dans sa philosophie des mathématiques pures, devenait platonicien dans sa philosophie des mathématiques appliquées. Il croyait à « une harmonie inhérente à la nature qui se réfléchit elle-même dans nos esprits ».
Mais c’est encore Lautman qui a exprimé avec le plus de justesse, semble-t-il, cette harmonie cachée qu’il est difficile de mettre en rapport avec l’historique des découvertes : « Les matériaux dont est formé l’univers ne sont pas tant les atomes et les molécules que ces grands couples de contraires idéaux comme le Même et l’Autre, le Symétrique et le Disymétrique associés entre eux selon les lois d’un harmonieux mélange.
Aujourd’hui la théorie des particules élémentaires serait une meilleure illustration à cette position de Lautman que les exemples qu’il pouvait produire lui-même.
C’est qu’il n’y a pas d’explication qui pourrait rendre compte de cette efficacité « déraisonnable » selon le mot du Physicien Wigner, des mathématiques sur la réalité physique.
Elle frappe et elle séduit, comme cette beauté, dont aucun théoricien des mathématiques ne peut donner raison, mais qui n’en constitue pas moins un indice frappant d’une réalité profonde. Que cette beauté ne soit pas seulement intérieure aux mathématiques pures mais qu’elle s’exprime également dans les théories de la physique mathématique, est une raison de plus pour tenir les mathématiques comme une expression, non seulement de la raison humaine, mais d’une raison transcendante à l’œuvre dans l’Univers. C’est pourquoi, alors que le logicisme et le formalisme rendent sensible la raison humaine dans son langage propre, l’intuitionnisme rendent davantage manifeste une raison créatrice dont l’Univers est un langage qui, comme le pressentait Galilée, est en grande partie accessible à notre langue mathématique.
(Hermite, mathématicien du XIXe, écrivait : )
« Il existe, si je ne me trompe pas, un monde formé d’un ensemble de vérités mathématiques auquel nous avons accès qu’au moyen de notre intelligence , comme dans le cas du monde de la réalité physique ; l’un et l’autre sont indépendant de nous, tous deux sont des produits de la création divine, mais sont une seule et même chose au regard d’une pensée plus puissante. La synthèse de ces deux mondes se révèle partiellement dans la merveilleuse correspondance entre les mathématique abstraites d’une part et toutes les branches de la physique de l’autre »
Cette doctrine de l’identité des deux mondes, (Page 50), celui dont nous esquissons les formes et celui dont nous recevons l’empreinte à travers la perception sensible, a été reprise aujourd’hui par un autre mathématicien, René Thom , qui voit une seule dynamique à l’origines de toutes les formes, qu’elle soient en nous ou hors de nous : « La dynamique intrinsèque de notre pensée n’est pas fondamentalement différente de la dynamique agissant sur le monde extérieur ». La question, en effet, est de faire disparaître l’étrangeté de la correspondance ,soulignée par Einstein, entre des idées abstraites et des processus concrets, alors qu’il est clair que les premiers ne dérivent pas des seconds .
Hermann Weyl, qui était intuitionniste dans sa philosophie des mathématiques pures, devenait platonicien dans sa philosophie des mathématiques appliquées. Il croyait à « une harmonie inhérente à la nature qui se réfléchit elle-même dans nos esprits ».
Mais c’est encore Lautman qui a exprimé avec le plus de justesse, semble-t-il, cette harmonie cachée qu’il est difficile de mettre en rapport avec l’historique des découvertes : « Les matériaux dont est formé l’univers ne sont pas tant les atomes et les molécules que ces grands couples de contraires idéaux comme le Même et l’Autre, le Symétrique et le Disymétrique associés entre eux selon les lois d’un harmonieux mélange.
Aujourd’hui la théorie des particules élémentaires serait une meilleure illustration à cette position de Lautman que les exemples qu’il pouvait produire lui-même.
C’est qu’il n’y a pas d’explication qui pourrait rendre compte de cette efficacité « déraisonnable » selon le mot du Physicien Wigner, des mathématiques sur la réalité physique.
Elle frappe et elle séduit, comme cette beauté, dont aucun théoricien des mathématiques ne peut donner raison, mais qui n’en constitue pas moins un indice frappant d’une réalité profonde. Que cette beauté ne soit pas seulement intérieure aux mathématiques pures mais qu’elle s’exprime également dans les théories de la physique mathématique, est une raison de plus pour tenir les mathématiques comme une expression, non seulement de la raison humaine, mais d’une raison transcendante à l’œuvre dans l’Univers. C’est pourquoi, alors que le logicisme et le formalisme rendent sensible la raison humaine dans son langage propre, l’intuitionnisme rendent davantage manifeste une raison créatrice dont l’Univers est un langage qui, comme le pressentait Galilée, est en grande partie accessible à notre langue mathématique.
jeudi 7 août 2008
Pensée scientifique ou mythique par J. L . Dumoulin
Théories et mythes, une étude de cas…
Vers une cosmogonie scientifique
L’homme a chevillé au corps et à l’esprit, le besoin de percer à jour le mystère de l’origine du monde, de mettre en lumière les origines de la vie et de l’esprit. Attesté chez les Peuplades les plus « Primitives », ce désir subsiste chez l’homme « moderne ».
Cette anxiété des origines et disons le, des choses, amène à penser leur commencement, celui de l’Univers, de la vie et a suscité dans le passé lointain des hommes l’apparition de mythes, mythes cosmogoniques, relatifs à la création de l’univers, mythes de création, relatif à l’apparition de l’homme et à son destin sur terre. Certaines Populations qualifiées de « primitives ou archaïques » encore vivantes ou récemment vivantes disposent ou disposaient de mythologies.
Si pour l’homme moderne un mythe est par définition quelque chose de « faux » au sens de non établie, qui ne correspond pas à une réalité constatée ou vérifiable, pour ces Peuples dont nous parlons le mythe ou les mythes sont tout le contraire. Pour Eux les mythes fondent la réalité et on peut affirmer qu’il ne peut y avoir de chose plus « vraie », « réelle » pour ces Populations que leurs mythes.
Certes nous savons tous qu’il y a des « mythes » dans nos sociétés contemporaines. Mais il s’agit la plupart du temps de mythes qui n’ont, du moins en apparence, pas grand chose à voir avec les « grands » mythes, mythe cosmogoniques ou mythes de création de nos prédécesseurs des « temps anciens » et …révolus. Il suffit pour s’en convaincre de lire ou relire le livre de Roland Barthes « Mythologies ».
Il est possible que la notion même de « grands mythes » soit complètement désuète et presque incongrue au regard de l’accumulation des connaissances scientifiques modernes.
Même s’il y a eu plusieurs théories scientifiques qui prétendaient rendre compte de la « création » ou de l’origine de l’Univers, une a fini par accumuler suffisamment de preuves de sa probabilité qu’elle est pratiquement devenue la théorie admise . Nous savons par les journaux et aussi la télévision que la théorie du « Big Bang » a triomphé. Elle a triomphé parce qu’elle a pu « expliquer » un nombre considérable de phénomènes de ce monde que nous constatons : l’existence des éléments chimiques, des plus légers au plus lourds, la formation des étoiles et des galaxies, dans une certaine mesure, l’expansion de l’univers, ect…. Elle a été aidée en cela par les découvertes de grands Astronomes et de grands Astrophysiciens mais aussi par une association de plus en plus étroite de l’astrophysique avec la physique et plus singulièrement avec la physique des particules. La symbiose est si profonde que l’astrophysique sert de champ d’expérience à la physique et que les expériences de la physique servent à l’astrophysique. Les victoires ou les échecs de l’une constituent souvent aussi les victoire ou les échecs de l’autre. Avec un nouvel accélérateur de particules au CERN à Genève, le LHC, « prouesse expérimentale », les physiciens espèrent parachever la nouvelle physique atomique dite du modèle standard et par là même conforter la théorie du Big Bang. Anticipant à peine les événements un grand physicien Français, Michel Spiro, Directeur de l’IN2P3 du CNRS, impliqué dans le LHC, a pu affirmer que pour la première fois de son histoire l’homme entrait dans l’ère de la cosmogonie scientifique c'est-à-dire, en filigrane,… non mythologique. Très bien. (Conférence du 11/10/07 à la Cité des Sciences – Paris Porte de la Vilette)
Cette certitude va-t-elle- mettre un terme à toutes les spéculations sur les commencements et l’origine de l’Univers. Il semble que non. A l’intérieur même de la maison « science du modèle standard », un Physicien, médaille d’argent du CNRS, écrit « Le modèle standard qui est intimement associé à ces prouesses expérimentales (le « LHC ») n’est sans doute pas l’ultime théorie » (Patrick Janot in « Pour la Science » N° 361 11/07 p.104)
Cependant disposer d’un récit détaillé du Big Bang assorti d’équations qui expliquent les principaux composants et phénomènes qui forment l’ univers tel que nous pouvons le connaître voilà qui montre les progrès étonnants de la Science moderne . Néanmoins même si cette connaissance des choses donne une grande assurance à beaucoup elle ne suffit pas pour autant à tous. La voie est plus que jamais ouverte à toutes sortes de spéculation sur ce que pourrait être un principe premier de l’Univers ou sur ce qui précèderait l’Univers ou sur une pluralité d’Univers…Nous savons aussi que les mythes cosmogoniques ouvrent la voie aux mythes de création, il doit en être de même pour les théories correspondantes. Donc loin de clore le débat, cette belle certitude n’empêche pas l’apparition de théories compréhensives de l’Univers au fondement plus ou moins scientifique. Celles-ci peuvent éventuellement s’avérer un terreau fertile à l’éclosion de futurs acquis scientifiques. C’est de l’une de ces théories dont nous faisons maintenant mention.
Très compréhensive de l’univers, elle ambitionne aussi d’englober l’évolution de l’humanité. Proposée par un Physicien des Sciences de l’Univers, Monsieur François Roddier, cette théorie a été exposée dans plusieurs articles et publiés sur internet (http://www.comite83.org/agora-astronom/). Notre analyse porte plus spécifiquement sur un de ces articles intitulé :
« Où va l’humanité ? L’évolution des sociétés humaines suit les lois de la mécanique statistique. Juin 2007 »
(les textes entre guillemets sont extraits de l’article de François Roddier)
En résumé cette théorie indique
que l’univers et l’homme ne sont pas immuables mais qu’il existe quelque chose d’ invariant, l’énergie présentée « comme quantité invariante ».
Intervient ensuite un principe général qui est celui de la « maximisation de la dissipation d’énergie » par les composants de l’univers, tous présentés comme des « structures dissipatives d’énergie ». Les planètes, les étoiles, l’homme …sont des structures dissipatives d’énergie.
Cette dissipation est irréversible.
Cette maximisation est le fondement de la sélection naturelle-« la grandeur maximisée par la sélection naturelle est le taux de dissipation de l’énergie » et du phénomène d’auto-organisation-« La matière, les gènes, les cellules, les individus s’auto-organisent pour dissiper toujours davantage d’énergie. …Nous (les hommes) sommes génétiquement programmés pour dissiper toujours plus d’énergie »- .
Comprenons donc qu’en vertu des lois de la mécanique statistique, nous sommes tous autant que nous sommes dans l’univers fait pour dissiper la plus grande quantité d’énergie que nous puissions.
L’information intervient également dans cette théorie parce que « plus l’information circule, plus l’énergie se dissipe ». Il y a équivalence entre information et énergie. Chez les hommes, elle prend une telle importance que l’évolution culturelle supplante l’évolution génétique les « mèmes » (analogues mentaux du gène, unité d’information culturelle transmissible – Richard Dawkins) « contrôlent et remplacent les gènes ». Qui plus est, dans les sociétés humaines, l’énergie c’est donc l’information mais l’information n’est accessible que par le capital financier et culturel. On est ainsi amené à établir une identité entre énergie et capital financier et culturel.
L’évolution qui résulte de tout ceci se heurte cependant à des phénomènes contrariants, « Plus le système dissipe de l’énergie, plus l’environnement évolue vite et plus tôt une restructuration se produit ». On arrive ainsi à une « bifurcation » ou « point critique ». Beaucoup de ces structures dissipatives sont systématiquement attirées vers un état proche du point critique qui déclenche un phénomène d’auto-organisation, c’est la restructuration. Ce processus, général, explique beaucoup de choses, le Big-Bang, la formation des galaxies, des amas de galaxies, des superamas, des planètes, le développement d’ un embryon, l’évolution des écosystèmes, les changement de systèmes politiques, le libéralisme, la colonisation, les deux guerres mondiales… . « Il y a nécessité d’une restructuration continuelle ».
Ces restructurations peuvent s’avérer dangereuses, risquant de faire disparaître les entités concernées dans les cas extrêmes. Il est nécessaire qu’un mécanisme de reproduction très efficace se mette en place, tel que le nombre d’entités crée dépasse le nombre d’entités qui disparaissent dans la restructuration.
Ceci conduit à une population en forte croissance en ce qui concerne l’espèce humaine, à l’épuisement des ressources et à la pollution de l’environnement. L’origine de ces maux réside dans la fatalité du principe de dissipation maximale d’énergie dont la traduction courante est la croissance économique. Si la nature souffre de cette fatalité, l’homme n’est pas en reste : « le résultat c’est moins de liberté, moins d’égalité, moins de fraternité », « la densité de population continue à croître et les libertés individuelles à décroître. La société devient encore plus oppressive et répressive ».
Echapper à la fatalité du principe est-il possible ? Y- aurait-il un précédent ?
OUI ! L’ancêtre des bactéries, les procaryotes ont vécu sur terre pendant deux milliards d’années sans évolution notable, partageant la nourriture et en toute fraternité-ils sont naturellement jumeaux-, « l’idéal républicain s’applique parfaitement aux procaryotes ».
Si nous (les hommes) ne nous inspirons pas des procaryotes la fin risque d’être catastrophique. En effet, " la dégradation de l’environnement devient visible dans le temps d’une génération, signe d’un nouveau séisme à l’échelle mondiale. Le coût d’une nouvelle restructuration commence à paraître prohibitif non pas sur le plan humain mais sur le plan économique ».
« On comprend maintenant la fatalité de l’histoire. Le même processus se répète sans cesse, de façon chaque fois différente. …c’est le processus de dissipation de l’énergie. La cause de tous nos maux semble maintenant élucidée »
Il faut organiser une décroissance. Heureusement « le phénomène de production maximale d’entropie n’est qu’une propriété statistique valable pour un nombre suffisant d’éléments. Si notre planète se réduit à une société unique d’individus solidaires, il ne s’applique plus. Dans son ensemble, l’humanité reste maîtresse de sa destinée. Il suffirait donc de limiter (volontairement) notre taux de dissipation de l’énergie. Certains appellent cela le développement durable »….
Et ainsi « L’homme est enfin maître de son destin », « c’est le retour à un idéal humaniste, la renaissance des libertés individuelles, l’éducation devient une priorité majeure. Ayant atteint l’âge de raison, l’humanité est devenue adulte ».
Une dégradation est en marche
(Les citations en italique et entre guillemets sont tirées de textes de Mircéa Eliade)
Il est certainement inutile de se poser la question de savoir si nous sommes en présence d’une théorie scientifique, le champ embrassé par l’Auteur est trop large et hétérogène. La réponse tombe donc sous le sens. En dépit du caractère péremptoire du sous-titre, « l’évolution des sociétés humaines suit les lois de la mécanique statistique », on a affaire à une théorie qui ne peut se dire scientifique et qui d’ailleurs ne le revendique pas directement, prenant juste l’habit de propos scientifiques. Notons néanmoins que, par exemple, Trin Xuan Thuan mentionne dans son ouvrage « Origines ». ce type d’approche compréhensive de l’Univers à base d’auto-organisation et de bifurcations, c’est donc là quelque chose d’ avérer et de sérieux dans le domaine de la physique.
Dans cette théorie, nous trouvons une explication non seulement de l’état de l’univers mais aussi de la Condition Humaine à travers 3 principes qui en sont les fondements actifs dès « la création » du monde, le Big Bang. Ces 3 principes sont : l’énergie est un « invariant », la contrainte de dissipation maximale d’énergie, la propriété d’ auto-organisation. Depuis l’origine, le temps s’écoule avec son lot continu et inévitable de restructurations fruit de l’auto-organisation . Le temps est irréversible et semble conduire le monde et l’homme dans un avenir de dégradation. Mais toute fin du monde est pressentie comme impossible, en vertu des principes initiaux, en particulier celui de la dissipation de l’énergie, « la vie ne saurait cependant s’arrêter là car l’énergie cesserait de se dissiper… » nous dit François Roddier. Nous comprenons donc qu’il n’y a pas de fin prévisible et qu’une l’histoire se déroule qui laisse, sans qu’on nous l’exprime vraiment, le champ à un certain libre-arbitre humain. L’histoire telle qu’elle nous est présentée a pour conséquence l’accroissement inconsidéré des souffrances des hommes et de la nature, la société devient de plus en plus « oppressive et répressive ». Une machine infernale est en marche générant avant toutes choses peur et angoisse vis-à-vis du lendemain, vis-à-vis du temps.
Cette décrépitude en cours du monde rappelle certains mythes et ce qu’en dit Mircea Eliade dans « Aspects du Mythe » page 81,
« En somme, ces mythes de la Fin du Monde, impliquant plus ou moins clairement le re-création d’un Univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la dégradation progressive du Cosmos, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. »
Pour beaucoup de « primitifs « le monde dégénère implacablement par le simple fait qu’il existe ».
Et dans « Nostalgie des Origines », au sujet des Indiens d’Amazonie, page 174
« Pour les Guaranis, l’humanité, aussi bien que la terre elle-même, sont fatiguées de vivre et de travailler et aspirent au repos.
« Je suis épuisée, gémissait la terre. Je suis rassasiée des cadavres que j’ai dévorés. Laissez-moi me reposer, Père. Les eaux aussi imploraient le Créateur de leur accorder le repos et les arbres… et ainsi la nature tout entière ». Rappelons que travail est un autre mot pour énergie . Nous retrouvons là l’idée de décroissance nécessaire.
Bien évidemment, nous n’assimilerons pas ces « pensées archaïques » aux concepts modernes d’entropie, de dissipation d’énergie mais peut-être à leur préfiguration.
Que nous propose François Roddier ?
Un modèle
De nous inspirer des « procaryotes », ces pré-bactéries sont ainsi promues au rôle de « héros civilisateurs » au même titre que les « héros civilisateurs » des mythologies du passé dont les comportements devaient être imités ou qui étaient à l’origine d’un savoir-faire unique et l’avaient transmis aux hommes, par exemple faire du feu, semer… . Faire du feu, semer n’allaient pas sans invoquer les mannes des « héros civilisateurs » correspondants et ainsi remonter aux temps mythiques des commencements où tout trouvait force, efficacité et réalité. Ainsi, également, l’évocation des « procaryotes » permet de retourner à la source jaillissante de toute survie, « l’idéal républicain » dont les procaryotes constituent le modèle car en effet,
« ..les Ancêtres vivaient une existence qui ignorait les inhibitions et les frustrations qui dominent toute communauté humaine organisée », « Nostalgies des Origines » page 144.
Une Société d’initiés
Atteindre ou ré-atteindre cet idéal suppose de « réduire » la planète à « une société unique d’individus solidaires » et aussi de donner la priorité absolue à l’éducation. Si cette « société unique réduite » d’individus solidaires n’est peut-être pas une société « secrète », elle est probablement une société d’initiés. Probablement a-t-elle la connaissance des 3 principes fondateurs du monde et se réfère –t-elle aux procaryotes. D’où l’importance de l’initiation, disons de l’éducation. A ce stade on peut tenter une homologation avec les rites d’initiation de peuples dits primitifs, car dans la mythologie de ces peuples le « vrai homme »n’est pas donné, les rites, l’éducation, « révèleront aux nouvelles générations le sens profond de l’existence et les aideront à assumer la responsabilité d’être un homme véritable », « Nostalgie des Origines » p. 190. Il y a là une certaine similitude avec « l’âge de raison et l’humanité devenue adulte » de François Roddier.
Un monde cyclique
Un aspect cyclique est présent dans la théorie de la mécanique statistique de l’évolution des sociétés humaines. Nous lisons que c’est « toujours la même histoire qui recommence sans fin », nous allons de bifurcation en bifurcation, de rupture de symétrie en rupture de symétrie avec ces restructurations qui sont autant de reconstruction à partir du chaos. Que l’Auteur associe en fait le chaos au libéralisme n’a aucune importance, il est évident que le chaos est tendanciellement inéluctable dans sa théorie et nous savons aussi que « la chute (la perte) de l’ordre de l’existence (telle qu’elle est) et le retour de cet ordre sont un problème fondamental de l’existence humaine. » Du point de vue de la cyclicité on retrouve ici quelque chose d’analogue à la fatalité des réincarnations successives de l’homme chez les Hindous avec son lot d’épreuves toujours recommencé. On retrouve aussi cette cyclicité dans nombre de mythologies, « les Mésopotamiens sentaient que le commencement était organiquement lié à une fin qui le précédait, que cette fin était de la même nature que le « Chaos » d’avant la création, et que c’était pour cette raison que la fin était indispensable à tout recommencement. », « Aspects du mythe » p.67
Et qui plus est « …, on croit dans la possibilité de récupérer le « commencement absolu », ce qui implique la destruction et l’abolition symboliques du vieux monde. La fin est donc impliquée dans le commencement et vice et versa » ,« Aspects du mythe » p.69.Avec François Roddier nous revenons aux sources, non seulement aux procaryotes mais aux principes mêmes de la cosmogonie, ceux de la création du monde et nous abolissons le vieux monde, incidemment incarné par « le libéralisme ». Finalement l’Auteur demande à réécrire l’histoire, à abolir le temps écoulé.
Nous pouvons vérifier ici que le mythe cosmologique (création de l’univers) sert toujours bien de modèle au mythe de création (apparition de l’hommes et de ses modes d’être).
Un monde cyclique ne connaît pas de fin du monde définitive alors que : « dans la conscience des Occidentaux, cette fin sera radicale et définitive ; elle ne sera pas suivie d’une nouvelle Création du Monde ». La « mécanique statistique » semble nous faire sortir de la conception judéo-chrétienne classique de fin du monde (définitive) pour nous faire réintégrer des conceptions qui ont été longtemps les conceptions dominantes chez les hommes et qui ont été longuement étudiées sous l’appellation d’ « éternel retour ».
Mais ceci à une autre conséquence, dans un monde cyclique, les événements et par conséquent le temps deviennent réversibles et comme le souligne Mircéa Eliade : « C’est ici que l’on saisit la différence la plus importante entre l’homme des sociétés archaïques et l’homme moderne : l’irréversibilité des événements qui, pour ce dernier, est la note caractéristique de l’Histoire , ne constitue pas une évidence pour le premier » (« Aspect du mythe »p. 26).
Là encore la « mécanique statistique » pourrait peut-être ouvrir de nouveaux horizons forts anciens.
Finalement et d’une façon plus générale la théorie de Monsieur Roddier est une explication du pourquoi et du comment du monde, en cela même elle peut être comparée à un mythe,
« En effet les mythes relatent non seulement l’origine du Monde, des animaux, des plantes et de l’homme, mais aussi tous les événements primordiaux à la suite desquels l’homme est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c'est-à-dire un être mortel, sexué, organisé en société, obligé de travailler pour vivre, et travaillant selon certaines règles ». « Aspects du mythe »p.23
« Le mythe (par rapport aux contes et fables) lui (à l’homme archaïque) apprend les « histoires » primordiales qui l’ont constitué existentiellement, et tout ce qui a rapport à son existence et à son propre mode d’exister dans le cosmos le concerne directement. » idem p.24
Comme dans tout bon mythe « on ( y) apprend non seulement comment les choses sont venues à l’existence, mais aussi à les trouver et comment les faire réapparaître lorsqu’elles disparaissent. »
Conclusion
Evidemment ce « mythe scientiste » de la mécanique statistique n’a pas la stature des mythes anciens. La raison en est simple, il n’est pas ancré dans la plus immense et la plus libre des réserves imaginaires et symboliques, celle du surnaturel. Ce n’est pas non plus un petit mythe moderne, c’est un mythe dégénéré sans que ce qualificatif soit là péjoratif. Les anciens Dieux qui venaient nous visiter sur terre et auxquels nous rendions visite au ciel sont remplacés par des concepts, des lois de la physique, de l’idéologie et beaucoup d’assurance.
Il a quand même le grand mérite de nous rappeler que « le besoin de s’introduire dans des univers « étrangers » et suivre les péripéties d’une « histoire » semble consubstantiel à la condition humaine et par conséquent, irréductible ».Nous y voyons aussi la confirmation que « certains aspects et fonctions de la pensée mythique sont constitutifs de l’être humain ». Un merci sincère donc à François Roddier.
Monsieur Spiro sera-t-il d’accord ? Sa conférence était pourtant une bien belle histoire d’aventure.
Jean-Louis Dumoulin, Ansouis, juillet 2008
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Vers une cosmogonie scientifique
L’homme a chevillé au corps et à l’esprit, le besoin de percer à jour le mystère de l’origine du monde, de mettre en lumière les origines de la vie et de l’esprit. Attesté chez les Peuplades les plus « Primitives », ce désir subsiste chez l’homme « moderne ».
Cette anxiété des origines et disons le, des choses, amène à penser leur commencement, celui de l’Univers, de la vie et a suscité dans le passé lointain des hommes l’apparition de mythes, mythes cosmogoniques, relatifs à la création de l’univers, mythes de création, relatif à l’apparition de l’homme et à son destin sur terre. Certaines Populations qualifiées de « primitives ou archaïques » encore vivantes ou récemment vivantes disposent ou disposaient de mythologies.
Si pour l’homme moderne un mythe est par définition quelque chose de « faux » au sens de non établie, qui ne correspond pas à une réalité constatée ou vérifiable, pour ces Peuples dont nous parlons le mythe ou les mythes sont tout le contraire. Pour Eux les mythes fondent la réalité et on peut affirmer qu’il ne peut y avoir de chose plus « vraie », « réelle » pour ces Populations que leurs mythes.
Certes nous savons tous qu’il y a des « mythes » dans nos sociétés contemporaines. Mais il s’agit la plupart du temps de mythes qui n’ont, du moins en apparence, pas grand chose à voir avec les « grands » mythes, mythe cosmogoniques ou mythes de création de nos prédécesseurs des « temps anciens » et …révolus. Il suffit pour s’en convaincre de lire ou relire le livre de Roland Barthes « Mythologies ».
Il est possible que la notion même de « grands mythes » soit complètement désuète et presque incongrue au regard de l’accumulation des connaissances scientifiques modernes.
Même s’il y a eu plusieurs théories scientifiques qui prétendaient rendre compte de la « création » ou de l’origine de l’Univers, une a fini par accumuler suffisamment de preuves de sa probabilité qu’elle est pratiquement devenue la théorie admise . Nous savons par les journaux et aussi la télévision que la théorie du « Big Bang » a triomphé. Elle a triomphé parce qu’elle a pu « expliquer » un nombre considérable de phénomènes de ce monde que nous constatons : l’existence des éléments chimiques, des plus légers au plus lourds, la formation des étoiles et des galaxies, dans une certaine mesure, l’expansion de l’univers, ect…. Elle a été aidée en cela par les découvertes de grands Astronomes et de grands Astrophysiciens mais aussi par une association de plus en plus étroite de l’astrophysique avec la physique et plus singulièrement avec la physique des particules. La symbiose est si profonde que l’astrophysique sert de champ d’expérience à la physique et que les expériences de la physique servent à l’astrophysique. Les victoires ou les échecs de l’une constituent souvent aussi les victoire ou les échecs de l’autre. Avec un nouvel accélérateur de particules au CERN à Genève, le LHC, « prouesse expérimentale », les physiciens espèrent parachever la nouvelle physique atomique dite du modèle standard et par là même conforter la théorie du Big Bang. Anticipant à peine les événements un grand physicien Français, Michel Spiro, Directeur de l’IN2P3 du CNRS, impliqué dans le LHC, a pu affirmer que pour la première fois de son histoire l’homme entrait dans l’ère de la cosmogonie scientifique c'est-à-dire, en filigrane,… non mythologique. Très bien. (Conférence du 11/10/07 à la Cité des Sciences – Paris Porte de la Vilette)
Cette certitude va-t-elle- mettre un terme à toutes les spéculations sur les commencements et l’origine de l’Univers. Il semble que non. A l’intérieur même de la maison « science du modèle standard », un Physicien, médaille d’argent du CNRS, écrit « Le modèle standard qui est intimement associé à ces prouesses expérimentales (le « LHC ») n’est sans doute pas l’ultime théorie » (Patrick Janot in « Pour la Science » N° 361 11/07 p.104)
Cependant disposer d’un récit détaillé du Big Bang assorti d’équations qui expliquent les principaux composants et phénomènes qui forment l’ univers tel que nous pouvons le connaître voilà qui montre les progrès étonnants de la Science moderne . Néanmoins même si cette connaissance des choses donne une grande assurance à beaucoup elle ne suffit pas pour autant à tous. La voie est plus que jamais ouverte à toutes sortes de spéculation sur ce que pourrait être un principe premier de l’Univers ou sur ce qui précèderait l’Univers ou sur une pluralité d’Univers…Nous savons aussi que les mythes cosmogoniques ouvrent la voie aux mythes de création, il doit en être de même pour les théories correspondantes. Donc loin de clore le débat, cette belle certitude n’empêche pas l’apparition de théories compréhensives de l’Univers au fondement plus ou moins scientifique. Celles-ci peuvent éventuellement s’avérer un terreau fertile à l’éclosion de futurs acquis scientifiques. C’est de l’une de ces théories dont nous faisons maintenant mention.
Très compréhensive de l’univers, elle ambitionne aussi d’englober l’évolution de l’humanité. Proposée par un Physicien des Sciences de l’Univers, Monsieur François Roddier, cette théorie a été exposée dans plusieurs articles et publiés sur internet (http://www.comite83.org/agora-astronom/). Notre analyse porte plus spécifiquement sur un de ces articles intitulé :
« Où va l’humanité ? L’évolution des sociétés humaines suit les lois de la mécanique statistique. Juin 2007 »
(les textes entre guillemets sont extraits de l’article de François Roddier)
En résumé cette théorie indique
que l’univers et l’homme ne sont pas immuables mais qu’il existe quelque chose d’ invariant, l’énergie présentée « comme quantité invariante ».
Intervient ensuite un principe général qui est celui de la « maximisation de la dissipation d’énergie » par les composants de l’univers, tous présentés comme des « structures dissipatives d’énergie ». Les planètes, les étoiles, l’homme …sont des structures dissipatives d’énergie.
Cette dissipation est irréversible.
Cette maximisation est le fondement de la sélection naturelle-« la grandeur maximisée par la sélection naturelle est le taux de dissipation de l’énergie » et du phénomène d’auto-organisation-« La matière, les gènes, les cellules, les individus s’auto-organisent pour dissiper toujours davantage d’énergie. …Nous (les hommes) sommes génétiquement programmés pour dissiper toujours plus d’énergie »- .
Comprenons donc qu’en vertu des lois de la mécanique statistique, nous sommes tous autant que nous sommes dans l’univers fait pour dissiper la plus grande quantité d’énergie que nous puissions.
L’information intervient également dans cette théorie parce que « plus l’information circule, plus l’énergie se dissipe ». Il y a équivalence entre information et énergie. Chez les hommes, elle prend une telle importance que l’évolution culturelle supplante l’évolution génétique les « mèmes » (analogues mentaux du gène, unité d’information culturelle transmissible – Richard Dawkins) « contrôlent et remplacent les gènes ». Qui plus est, dans les sociétés humaines, l’énergie c’est donc l’information mais l’information n’est accessible que par le capital financier et culturel. On est ainsi amené à établir une identité entre énergie et capital financier et culturel.
L’évolution qui résulte de tout ceci se heurte cependant à des phénomènes contrariants, « Plus le système dissipe de l’énergie, plus l’environnement évolue vite et plus tôt une restructuration se produit ». On arrive ainsi à une « bifurcation » ou « point critique ». Beaucoup de ces structures dissipatives sont systématiquement attirées vers un état proche du point critique qui déclenche un phénomène d’auto-organisation, c’est la restructuration. Ce processus, général, explique beaucoup de choses, le Big-Bang, la formation des galaxies, des amas de galaxies, des superamas, des planètes, le développement d’ un embryon, l’évolution des écosystèmes, les changement de systèmes politiques, le libéralisme, la colonisation, les deux guerres mondiales… . « Il y a nécessité d’une restructuration continuelle ».
Ces restructurations peuvent s’avérer dangereuses, risquant de faire disparaître les entités concernées dans les cas extrêmes. Il est nécessaire qu’un mécanisme de reproduction très efficace se mette en place, tel que le nombre d’entités crée dépasse le nombre d’entités qui disparaissent dans la restructuration.
Ceci conduit à une population en forte croissance en ce qui concerne l’espèce humaine, à l’épuisement des ressources et à la pollution de l’environnement. L’origine de ces maux réside dans la fatalité du principe de dissipation maximale d’énergie dont la traduction courante est la croissance économique. Si la nature souffre de cette fatalité, l’homme n’est pas en reste : « le résultat c’est moins de liberté, moins d’égalité, moins de fraternité », « la densité de population continue à croître et les libertés individuelles à décroître. La société devient encore plus oppressive et répressive ».
Echapper à la fatalité du principe est-il possible ? Y- aurait-il un précédent ?
OUI ! L’ancêtre des bactéries, les procaryotes ont vécu sur terre pendant deux milliards d’années sans évolution notable, partageant la nourriture et en toute fraternité-ils sont naturellement jumeaux-, « l’idéal républicain s’applique parfaitement aux procaryotes ».
Si nous (les hommes) ne nous inspirons pas des procaryotes la fin risque d’être catastrophique. En effet, " la dégradation de l’environnement devient visible dans le temps d’une génération, signe d’un nouveau séisme à l’échelle mondiale. Le coût d’une nouvelle restructuration commence à paraître prohibitif non pas sur le plan humain mais sur le plan économique ».
« On comprend maintenant la fatalité de l’histoire. Le même processus se répète sans cesse, de façon chaque fois différente. …c’est le processus de dissipation de l’énergie. La cause de tous nos maux semble maintenant élucidée »
Il faut organiser une décroissance. Heureusement « le phénomène de production maximale d’entropie n’est qu’une propriété statistique valable pour un nombre suffisant d’éléments. Si notre planète se réduit à une société unique d’individus solidaires, il ne s’applique plus. Dans son ensemble, l’humanité reste maîtresse de sa destinée. Il suffirait donc de limiter (volontairement) notre taux de dissipation de l’énergie. Certains appellent cela le développement durable »….
Et ainsi « L’homme est enfin maître de son destin », « c’est le retour à un idéal humaniste, la renaissance des libertés individuelles, l’éducation devient une priorité majeure. Ayant atteint l’âge de raison, l’humanité est devenue adulte ».
Une dégradation est en marche
(Les citations en italique et entre guillemets sont tirées de textes de Mircéa Eliade)
Il est certainement inutile de se poser la question de savoir si nous sommes en présence d’une théorie scientifique, le champ embrassé par l’Auteur est trop large et hétérogène. La réponse tombe donc sous le sens. En dépit du caractère péremptoire du sous-titre, « l’évolution des sociétés humaines suit les lois de la mécanique statistique », on a affaire à une théorie qui ne peut se dire scientifique et qui d’ailleurs ne le revendique pas directement, prenant juste l’habit de propos scientifiques. Notons néanmoins que, par exemple, Trin Xuan Thuan mentionne dans son ouvrage « Origines ». ce type d’approche compréhensive de l’Univers à base d’auto-organisation et de bifurcations, c’est donc là quelque chose d’ avérer et de sérieux dans le domaine de la physique.
Dans cette théorie, nous trouvons une explication non seulement de l’état de l’univers mais aussi de la Condition Humaine à travers 3 principes qui en sont les fondements actifs dès « la création » du monde, le Big Bang. Ces 3 principes sont : l’énergie est un « invariant », la contrainte de dissipation maximale d’énergie, la propriété d’ auto-organisation. Depuis l’origine, le temps s’écoule avec son lot continu et inévitable de restructurations fruit de l’auto-organisation . Le temps est irréversible et semble conduire le monde et l’homme dans un avenir de dégradation. Mais toute fin du monde est pressentie comme impossible, en vertu des principes initiaux, en particulier celui de la dissipation de l’énergie, « la vie ne saurait cependant s’arrêter là car l’énergie cesserait de se dissiper… » nous dit François Roddier. Nous comprenons donc qu’il n’y a pas de fin prévisible et qu’une l’histoire se déroule qui laisse, sans qu’on nous l’exprime vraiment, le champ à un certain libre-arbitre humain. L’histoire telle qu’elle nous est présentée a pour conséquence l’accroissement inconsidéré des souffrances des hommes et de la nature, la société devient de plus en plus « oppressive et répressive ». Une machine infernale est en marche générant avant toutes choses peur et angoisse vis-à-vis du lendemain, vis-à-vis du temps.
Cette décrépitude en cours du monde rappelle certains mythes et ce qu’en dit Mircea Eliade dans « Aspects du Mythe » page 81,
« En somme, ces mythes de la Fin du Monde, impliquant plus ou moins clairement le re-création d’un Univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la dégradation progressive du Cosmos, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. »
Pour beaucoup de « primitifs « le monde dégénère implacablement par le simple fait qu’il existe ».
Et dans « Nostalgie des Origines », au sujet des Indiens d’Amazonie, page 174
« Pour les Guaranis, l’humanité, aussi bien que la terre elle-même, sont fatiguées de vivre et de travailler et aspirent au repos.
« Je suis épuisée, gémissait la terre. Je suis rassasiée des cadavres que j’ai dévorés. Laissez-moi me reposer, Père. Les eaux aussi imploraient le Créateur de leur accorder le repos et les arbres… et ainsi la nature tout entière ». Rappelons que travail est un autre mot pour énergie . Nous retrouvons là l’idée de décroissance nécessaire.
Bien évidemment, nous n’assimilerons pas ces « pensées archaïques » aux concepts modernes d’entropie, de dissipation d’énergie mais peut-être à leur préfiguration.
Que nous propose François Roddier ?
Un modèle
De nous inspirer des « procaryotes », ces pré-bactéries sont ainsi promues au rôle de « héros civilisateurs » au même titre que les « héros civilisateurs » des mythologies du passé dont les comportements devaient être imités ou qui étaient à l’origine d’un savoir-faire unique et l’avaient transmis aux hommes, par exemple faire du feu, semer… . Faire du feu, semer n’allaient pas sans invoquer les mannes des « héros civilisateurs » correspondants et ainsi remonter aux temps mythiques des commencements où tout trouvait force, efficacité et réalité. Ainsi, également, l’évocation des « procaryotes » permet de retourner à la source jaillissante de toute survie, « l’idéal républicain » dont les procaryotes constituent le modèle car en effet,
« ..les Ancêtres vivaient une existence qui ignorait les inhibitions et les frustrations qui dominent toute communauté humaine organisée », « Nostalgies des Origines » page 144.
Une Société d’initiés
Atteindre ou ré-atteindre cet idéal suppose de « réduire » la planète à « une société unique d’individus solidaires » et aussi de donner la priorité absolue à l’éducation. Si cette « société unique réduite » d’individus solidaires n’est peut-être pas une société « secrète », elle est probablement une société d’initiés. Probablement a-t-elle la connaissance des 3 principes fondateurs du monde et se réfère –t-elle aux procaryotes. D’où l’importance de l’initiation, disons de l’éducation. A ce stade on peut tenter une homologation avec les rites d’initiation de peuples dits primitifs, car dans la mythologie de ces peuples le « vrai homme »n’est pas donné, les rites, l’éducation, « révèleront aux nouvelles générations le sens profond de l’existence et les aideront à assumer la responsabilité d’être un homme véritable », « Nostalgie des Origines » p. 190. Il y a là une certaine similitude avec « l’âge de raison et l’humanité devenue adulte » de François Roddier.
Un monde cyclique
Un aspect cyclique est présent dans la théorie de la mécanique statistique de l’évolution des sociétés humaines. Nous lisons que c’est « toujours la même histoire qui recommence sans fin », nous allons de bifurcation en bifurcation, de rupture de symétrie en rupture de symétrie avec ces restructurations qui sont autant de reconstruction à partir du chaos. Que l’Auteur associe en fait le chaos au libéralisme n’a aucune importance, il est évident que le chaos est tendanciellement inéluctable dans sa théorie et nous savons aussi que « la chute (la perte) de l’ordre de l’existence (telle qu’elle est) et le retour de cet ordre sont un problème fondamental de l’existence humaine. » Du point de vue de la cyclicité on retrouve ici quelque chose d’analogue à la fatalité des réincarnations successives de l’homme chez les Hindous avec son lot d’épreuves toujours recommencé. On retrouve aussi cette cyclicité dans nombre de mythologies, « les Mésopotamiens sentaient que le commencement était organiquement lié à une fin qui le précédait, que cette fin était de la même nature que le « Chaos » d’avant la création, et que c’était pour cette raison que la fin était indispensable à tout recommencement. », « Aspects du mythe » p.67
Et qui plus est « …, on croit dans la possibilité de récupérer le « commencement absolu », ce qui implique la destruction et l’abolition symboliques du vieux monde. La fin est donc impliquée dans le commencement et vice et versa » ,« Aspects du mythe » p.69.Avec François Roddier nous revenons aux sources, non seulement aux procaryotes mais aux principes mêmes de la cosmogonie, ceux de la création du monde et nous abolissons le vieux monde, incidemment incarné par « le libéralisme ». Finalement l’Auteur demande à réécrire l’histoire, à abolir le temps écoulé.
Nous pouvons vérifier ici que le mythe cosmologique (création de l’univers) sert toujours bien de modèle au mythe de création (apparition de l’hommes et de ses modes d’être).
Un monde cyclique ne connaît pas de fin du monde définitive alors que : « dans la conscience des Occidentaux, cette fin sera radicale et définitive ; elle ne sera pas suivie d’une nouvelle Création du Monde ». La « mécanique statistique » semble nous faire sortir de la conception judéo-chrétienne classique de fin du monde (définitive) pour nous faire réintégrer des conceptions qui ont été longtemps les conceptions dominantes chez les hommes et qui ont été longuement étudiées sous l’appellation d’ « éternel retour ».
Mais ceci à une autre conséquence, dans un monde cyclique, les événements et par conséquent le temps deviennent réversibles et comme le souligne Mircéa Eliade : « C’est ici que l’on saisit la différence la plus importante entre l’homme des sociétés archaïques et l’homme moderne : l’irréversibilité des événements qui, pour ce dernier, est la note caractéristique de l’Histoire , ne constitue pas une évidence pour le premier » (« Aspect du mythe »p. 26).
Là encore la « mécanique statistique » pourrait peut-être ouvrir de nouveaux horizons forts anciens.
Finalement et d’une façon plus générale la théorie de Monsieur Roddier est une explication du pourquoi et du comment du monde, en cela même elle peut être comparée à un mythe,
« En effet les mythes relatent non seulement l’origine du Monde, des animaux, des plantes et de l’homme, mais aussi tous les événements primordiaux à la suite desquels l’homme est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c'est-à-dire un être mortel, sexué, organisé en société, obligé de travailler pour vivre, et travaillant selon certaines règles ». « Aspects du mythe »p.23
« Le mythe (par rapport aux contes et fables) lui (à l’homme archaïque) apprend les « histoires » primordiales qui l’ont constitué existentiellement, et tout ce qui a rapport à son existence et à son propre mode d’exister dans le cosmos le concerne directement. » idem p.24
Comme dans tout bon mythe « on ( y) apprend non seulement comment les choses sont venues à l’existence, mais aussi à les trouver et comment les faire réapparaître lorsqu’elles disparaissent. »
Conclusion
Evidemment ce « mythe scientiste » de la mécanique statistique n’a pas la stature des mythes anciens. La raison en est simple, il n’est pas ancré dans la plus immense et la plus libre des réserves imaginaires et symboliques, celle du surnaturel. Ce n’est pas non plus un petit mythe moderne, c’est un mythe dégénéré sans que ce qualificatif soit là péjoratif. Les anciens Dieux qui venaient nous visiter sur terre et auxquels nous rendions visite au ciel sont remplacés par des concepts, des lois de la physique, de l’idéologie et beaucoup d’assurance.
Il a quand même le grand mérite de nous rappeler que « le besoin de s’introduire dans des univers « étrangers » et suivre les péripéties d’une « histoire » semble consubstantiel à la condition humaine et par conséquent, irréductible ».Nous y voyons aussi la confirmation que « certains aspects et fonctions de la pensée mythique sont constitutifs de l’être humain ». Un merci sincère donc à François Roddier.
Monsieur Spiro sera-t-il d’accord ? Sa conférence était pourtant une bien belle histoire d’aventure.
Jean-Louis Dumoulin, Ansouis, juillet 2008
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lundi 9 juin 2008
Conférence du 28 mai 2008 dans le cadre des mercredis de Valpré Lyon Ecully
Les grands épisodes de notre vision de l’univers- conférence par J.L. Dumoulin (Condensé)
Introduction
- Besoin profond chez l’homme d’avoir une vision de l’univers dans lequel il est.
Vision = représentation structurée et globalisante des objets composant l’univers, de leurs rapports, des phénomènes qui y sont observables.
I- L’ancienne vision de l’univers : l’univers géocentrique
Cette ancienne vision couvre une période allant d’Aristote (IVième siècle avant JC) à Copernic (mort en 1543)
a) La science des Grecs
Elle fonde cette vision.
La terre est une sphère, la différentiation planètes/étoiles, le diamètre de la terre, la distance de la terre à la lune, un catalogue des étoiles classées par leur éclat…
Consignée dans la « Syntaxe Mathématique » de Claude Ptolémée (IIième siècle après JC)
b) L’univers géocentrique
-La terre est au centre de l’univers, sphère parfaite, immobile.
C’est un des 10 « objets » qui composent l’univers (10, chiffre parfait chez Pythagore et Platon). Elle est le territoire du relatif, du changeant, de l’impermanent (de la mort et de l’usure pour Aristote).
En son centre se trouvent les enfers…les démons…le mal,
- tournent autour de la terre(1) mercure(2), vénus(3), le soleil(4), mars(5), jupiter(6) et saturne(7) sans oublier la lune(8) ; ces astres sont chacun fixés à une sphère en cristal ayant le même centre, celui de la terre (sphères cristallines homocentriques), ces sphères tournent, mues par les anges (dans la tradition Chrétienne), ces astres parcourent donc une orbite circulaire autour de la terre et ce à une vitesse régulière qui ne connaît ni accélération ni décélération.
- il y a encore 2 autres sphères cristallines, la sphère des « fixes »(9), les étoiles et enfin la sphère ultime (ou sphère primaire)(10) qui englobe le tout et délimite l’espace occupé par Dieu et les Elus.
c) Les caractéristiques de l’univers géocentrique
C’est un univers hétérogène, il y a la terre d’une part et le reste ( à partir de la lune).
Le « reste » n’a pas la même nature que la terre. Tout y est parfait, immuable, harmonieux, reflet de la perfection divine.
L’univers géocentrique est petit et fermé.
d) Le modèle géocentrique et l’astronomie
Dans l’antiquité on cherchait à prévoir la position des astres (à des fins astrologiques mais aussi pour définir le début et la fin des saisons, des épisodes météorologiques…). On repérait les positions angulaires de ces astres. Mais le calcul avec pour hypothèse une orbite circulaire et une vitesse constante ne permettait pas de parvenir à une prévision correcte.
Aristote ajoute 55 petites sphères supplémentaires au niveau des astres sur leurs orbites pour faire arriver à faire coïncider le calcul avec les observations. Au IIième siècle Ptolémée simplifiera le système en se contentant d’une 20taine de petits cercles annexes appelés « épicycles » (et d’autres artifices, excentriques, déférents, équants …). Ce système permet une prévision correcte de la position des astres compte tenu des instruments utilisés dans les périodes considérées.
Cependant des phénomènes restent inexpliqués tels que la variation du diamètre apparent de la lune, la non-uniformité du mouvement du soleil (mauvaises saisons plus courtes que les bonnes), la rétrogradation de certaines planètes, par exemple mars à certains moments semblent rebrousser chemin et faire machine arrière.
II- La Révolution
a) Des faits nouveaux
-En 1572 Tycho Brahé (grand astronome Danois) observe une « nouvelle étoile » là où tout doit être immuable, sans changement, c'est-à-dire au-delà de la lune.
-En 1610 c’est Galilée qui avec sa lunette de 2,5 cm de diamètre repère 4 nouvelles planètes qui s’avèreront être 4 satellites de jupiter, encore du nouveau là où il ne devrait pas y en avoir et en plus ces planètes ne tournent pas autour de la terre…iconoclastes.
- Galilée observe des taches à la surface du soleil et remarque que la surface de la lune ressemble à certains endroits de la terre….
b) Les « hypothèses » de Nicolas Copernic ( Polonais, Chanoine d’Ermlande)
Déjà émises par le Grec de l’Antiquité, Aristarque, formulées en 1507, publiées en 1543 :
• Le soleil est au centre de l’univers, la sphère ultime est celle des Etoiles, la Terre tourne sur elle-même, la Terre tourne en 1 an autour du Soleil
• L’explication des rétrogradations (différence de vitesse des planètes qui se « dépassent »)
Le nombre d’épicycles se réduit mais il subsistent et les sphères cristallines aussi.
c) Johannes Kepler (Allemand, astronome impérial) et ses lois
Kepler reprend le modèle Copernicien mais fait d’autres remises en cause :
• La vitesse de rotation des astres sur leur orbite n’est pas uniforme (1607), il y a des accélérations et décélération (loi des aires)
• Les orbites ne sont pas circulaires ( les orbites sont elliptiques)
• Le mouvement des astres suit une loi géométrique ( 3ième loi de Képler, le rapport du cube de la distance au soleil au carré de la période est constant), loi « expérimentale » mais prémisse de la notion de force.
Avec Képler les observations et les calculs (simplifiés) coïncident et surtout on explique les phénomènes mystérieux, non-uniformité du mouvement apparent du soleil, variations du diamètre apparent de la lune…Fin des sphères cristallines remplacées par une « loi » géométrique.
d) La théorie de la gravitation de Newton
La pesanteur est un cas particulier de la gravitation universelle. La gravitation et sa constante « G » donnent une interprétation globale de la 3ième loi de Képler, Newton fait le postulat que la masse gravitationnelle égale la masse inertielle.
A la mort de Newton (1727) nous sommes dans l’univers héliocentrique, le soleil est au centre, fixe, il y a 6 planètes qui orbitent autour sur des ellipses à une vitesse qui varie, les étoiles, plus lointaines sont fixes.
e) De Newton au XXième siècle
– Découverte d’Uranus (W. Herschel) et de Neptune (Le Verrier), accumulation d’observations (Herschel : statistique stellaire…)
– Des hypothèses nouvelles: Wright, Kant (les îles d’univers)…
– Avancement extraordinaire des Sciences et des techniques
– Progrès des outils et Méthodes de l’Astronomie( effet Doppler, découverte des Céphéïdes, loi période-luminosité d’Henrietta Leavitt en 1912, spectroscopie, télescope du Mont Wilson 1,5 m puis 2,5 en 1922…)
Cependant jusqu’en 1920….la vision de l’univers reste essentiellement héliocentrique,statique et de relativement petite dimension (méconnaissance du phénomène de l’absorption interstellaire).
III- La vision moderne de l’univers
Un bouleversement total en moins de 10ans
- Vers 1920 : le soleil n’est plus au centre de l’univers, l’astronome Shapley en observant les amas globulaires du halo de la voie lactée s’aperçoit que nous ne sommes pas au centre de la voie lactée donc de l’univers de l’époque.
- En 1923 Edwin Hubble devient le « Titant » de l’astronomie en montrant que la nébuleuse Andromède ne peut pas être dans la voie lactée, c’est donc une autre galaxie, l’univers devient galactique.
-En 1929 Hubble, encore lui, établit que les galaxies « s’enfuient » et que leur vitesse est d’autant plus grande qu’elles sont éloignées. Le corollaire, c’est qu’au « début » l’univers était rassemblé, concentré, c’est une prémisse de la théorie du Big Bang
La voie lactée est une galaxie moyenne dans l’univers connu, elle a un diamètre de 100000 années lumière, c’est un galaxie spirale barrée comprenant un disque, un bulbe en son centre et un halo autour . Le système solaire se trouve au 2/3 d’un des bras de cette galaxie. Celui-ci fait le tour de la galaxies en 250 millions d’années.
– La voie lactée : 1 galaxie parmi des milliards
– Appartient à un Groupe Local de Galaxies (avec les nuages de Magellan et Andromède)
– Lequel appartient à un Amas de Galaxies
– Lequel appartient à un Superamas de Galaxies
–
« A très grande échelle, l’Univers présente une structure cellulaire chaotique, les galaxies sont réparties en bordure de ces cellules vides au travers d’un réseau complexe de filaments rappelant la structure d’une éponge »
Dimensions de l’univers…? Objet le plus lointain observé : 12 milliards d’années-lumière , dimension calculée 47 milliards d’années lumière…
Introduction
- Besoin profond chez l’homme d’avoir une vision de l’univers dans lequel il est.
Vision = représentation structurée et globalisante des objets composant l’univers, de leurs rapports, des phénomènes qui y sont observables.
I- L’ancienne vision de l’univers : l’univers géocentrique
Cette ancienne vision couvre une période allant d’Aristote (IVième siècle avant JC) à Copernic (mort en 1543)
a) La science des Grecs
Elle fonde cette vision.
La terre est une sphère, la différentiation planètes/étoiles, le diamètre de la terre, la distance de la terre à la lune, un catalogue des étoiles classées par leur éclat…
Consignée dans la « Syntaxe Mathématique » de Claude Ptolémée (IIième siècle après JC)
b) L’univers géocentrique
-La terre est au centre de l’univers, sphère parfaite, immobile.
C’est un des 10 « objets » qui composent l’univers (10, chiffre parfait chez Pythagore et Platon). Elle est le territoire du relatif, du changeant, de l’impermanent (de la mort et de l’usure pour Aristote).
En son centre se trouvent les enfers…les démons…le mal,
- tournent autour de la terre(1) mercure(2), vénus(3), le soleil(4), mars(5), jupiter(6) et saturne(7) sans oublier la lune(8) ; ces astres sont chacun fixés à une sphère en cristal ayant le même centre, celui de la terre (sphères cristallines homocentriques), ces sphères tournent, mues par les anges (dans la tradition Chrétienne), ces astres parcourent donc une orbite circulaire autour de la terre et ce à une vitesse régulière qui ne connaît ni accélération ni décélération.
- il y a encore 2 autres sphères cristallines, la sphère des « fixes »(9), les étoiles et enfin la sphère ultime (ou sphère primaire)(10) qui englobe le tout et délimite l’espace occupé par Dieu et les Elus.
c) Les caractéristiques de l’univers géocentrique
C’est un univers hétérogène, il y a la terre d’une part et le reste ( à partir de la lune).
Le « reste » n’a pas la même nature que la terre. Tout y est parfait, immuable, harmonieux, reflet de la perfection divine.
L’univers géocentrique est petit et fermé.
d) Le modèle géocentrique et l’astronomie
Dans l’antiquité on cherchait à prévoir la position des astres (à des fins astrologiques mais aussi pour définir le début et la fin des saisons, des épisodes météorologiques…). On repérait les positions angulaires de ces astres. Mais le calcul avec pour hypothèse une orbite circulaire et une vitesse constante ne permettait pas de parvenir à une prévision correcte.
Aristote ajoute 55 petites sphères supplémentaires au niveau des astres sur leurs orbites pour faire arriver à faire coïncider le calcul avec les observations. Au IIième siècle Ptolémée simplifiera le système en se contentant d’une 20taine de petits cercles annexes appelés « épicycles » (et d’autres artifices, excentriques, déférents, équants …). Ce système permet une prévision correcte de la position des astres compte tenu des instruments utilisés dans les périodes considérées.
Cependant des phénomènes restent inexpliqués tels que la variation du diamètre apparent de la lune, la non-uniformité du mouvement du soleil (mauvaises saisons plus courtes que les bonnes), la rétrogradation de certaines planètes, par exemple mars à certains moments semblent rebrousser chemin et faire machine arrière.
II- La Révolution
a) Des faits nouveaux
-En 1572 Tycho Brahé (grand astronome Danois) observe une « nouvelle étoile » là où tout doit être immuable, sans changement, c'est-à-dire au-delà de la lune.
-En 1610 c’est Galilée qui avec sa lunette de 2,5 cm de diamètre repère 4 nouvelles planètes qui s’avèreront être 4 satellites de jupiter, encore du nouveau là où il ne devrait pas y en avoir et en plus ces planètes ne tournent pas autour de la terre…iconoclastes.
- Galilée observe des taches à la surface du soleil et remarque que la surface de la lune ressemble à certains endroits de la terre….
b) Les « hypothèses » de Nicolas Copernic ( Polonais, Chanoine d’Ermlande)
Déjà émises par le Grec de l’Antiquité, Aristarque, formulées en 1507, publiées en 1543 :
• Le soleil est au centre de l’univers, la sphère ultime est celle des Etoiles, la Terre tourne sur elle-même, la Terre tourne en 1 an autour du Soleil
• L’explication des rétrogradations (différence de vitesse des planètes qui se « dépassent »)
Le nombre d’épicycles se réduit mais il subsistent et les sphères cristallines aussi.
c) Johannes Kepler (Allemand, astronome impérial) et ses lois
Kepler reprend le modèle Copernicien mais fait d’autres remises en cause :
• La vitesse de rotation des astres sur leur orbite n’est pas uniforme (1607), il y a des accélérations et décélération (loi des aires)
• Les orbites ne sont pas circulaires ( les orbites sont elliptiques)
• Le mouvement des astres suit une loi géométrique ( 3ième loi de Képler, le rapport du cube de la distance au soleil au carré de la période est constant), loi « expérimentale » mais prémisse de la notion de force.
Avec Képler les observations et les calculs (simplifiés) coïncident et surtout on explique les phénomènes mystérieux, non-uniformité du mouvement apparent du soleil, variations du diamètre apparent de la lune…Fin des sphères cristallines remplacées par une « loi » géométrique.
d) La théorie de la gravitation de Newton
La pesanteur est un cas particulier de la gravitation universelle. La gravitation et sa constante « G » donnent une interprétation globale de la 3ième loi de Képler, Newton fait le postulat que la masse gravitationnelle égale la masse inertielle.
A la mort de Newton (1727) nous sommes dans l’univers héliocentrique, le soleil est au centre, fixe, il y a 6 planètes qui orbitent autour sur des ellipses à une vitesse qui varie, les étoiles, plus lointaines sont fixes.
e) De Newton au XXième siècle
– Découverte d’Uranus (W. Herschel) et de Neptune (Le Verrier), accumulation d’observations (Herschel : statistique stellaire…)
– Des hypothèses nouvelles: Wright, Kant (les îles d’univers)…
– Avancement extraordinaire des Sciences et des techniques
– Progrès des outils et Méthodes de l’Astronomie( effet Doppler, découverte des Céphéïdes, loi période-luminosité d’Henrietta Leavitt en 1912, spectroscopie, télescope du Mont Wilson 1,5 m puis 2,5 en 1922…)
Cependant jusqu’en 1920….la vision de l’univers reste essentiellement héliocentrique,statique et de relativement petite dimension (méconnaissance du phénomène de l’absorption interstellaire).
III- La vision moderne de l’univers
Un bouleversement total en moins de 10ans
- Vers 1920 : le soleil n’est plus au centre de l’univers, l’astronome Shapley en observant les amas globulaires du halo de la voie lactée s’aperçoit que nous ne sommes pas au centre de la voie lactée donc de l’univers de l’époque.
- En 1923 Edwin Hubble devient le « Titant » de l’astronomie en montrant que la nébuleuse Andromède ne peut pas être dans la voie lactée, c’est donc une autre galaxie, l’univers devient galactique.
-En 1929 Hubble, encore lui, établit que les galaxies « s’enfuient » et que leur vitesse est d’autant plus grande qu’elles sont éloignées. Le corollaire, c’est qu’au « début » l’univers était rassemblé, concentré, c’est une prémisse de la théorie du Big Bang
La voie lactée est une galaxie moyenne dans l’univers connu, elle a un diamètre de 100000 années lumière, c’est un galaxie spirale barrée comprenant un disque, un bulbe en son centre et un halo autour . Le système solaire se trouve au 2/3 d’un des bras de cette galaxie. Celui-ci fait le tour de la galaxies en 250 millions d’années.
– La voie lactée : 1 galaxie parmi des milliards
– Appartient à un Groupe Local de Galaxies (avec les nuages de Magellan et Andromède)
– Lequel appartient à un Amas de Galaxies
– Lequel appartient à un Superamas de Galaxies
–
« A très grande échelle, l’Univers présente une structure cellulaire chaotique, les galaxies sont réparties en bordure de ces cellules vides au travers d’un réseau complexe de filaments rappelant la structure d’une éponge »
Dimensions de l’univers…? Objet le plus lointain observé : 12 milliards d’années-lumière , dimension calculée 47 milliards d’années lumière…
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